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Utopia : notre avis sur la série culte de Channel 4

Image de la série britannique Utopia (Channel 4)
© Channel 4

Il y a des séries qu’on reconnaît en une seule image, et Utopia en fait partie. Le thriller de Dennis Kelly, diffusé sur Channel 4 entre 2013 et 2014, m’a d’abord eu par son esthétique, puis par Jessica Hyde, et enfin par un mystère qui ne lâche jamais. Douze épisodes seulement, une annulation frustrante, et pourtant l’une des séries britanniques les plus marquantes que j’ai vues. Je lui mets 9/10.

Notre avis9/10

Une esthétique qui ne ressemble à rien d’autre, une Jessica Hyde inoubliable et un mystère qui accroche dès la première scène. Il ne manque qu’une fin.

  • Format2 saisons · 12 épisodes
  • GenreThriller · conspiration
  • Où la voirPrime Video
Pour vous si…

vous aimez les complots, les séries très stylisées et l’humour noir.

Passez votre chemin si…

la violence frontale vous gêne ou si vous avez besoin d’une vraie conclusion.

Si vous avez aimé : Black Mirror, Mr. Robot, Dark

De quoi parle Utopia ?

Tout part de The Utopia Experiments, un roman graphique culte autour duquel circulent des tas de théories. Quand un petit groupe d’internautes apprend l’existence d’un manuscrit inédit de la suite, ses membres deviennent la cible du Network, une organisation secrète prête à tout pour le récupérer. Ian, Becky, Wilson Wilson et le jeune Grant doivent abandonner leur vie du jour au lendemain. Sur leur route, ils croisent Jessica Hyde, une femme traquée depuis l’enfance, dont le simple nom fait paniquer ceux qui connaissent le complot.

Dans une interview publiée par Channel 4, Dennis Kelly explique avoir voulu mettre des gens ordinaires au centre de l’histoire. Ni flics ni journalistes, juste des personnes dépassées qui improvisent face à une organisation capable de manipuler des gouvernements et des crises sanitaires.

Ce qui m’a plu

Une esthétique qui ne ressemble à aucune autre série

C’est la première chose qui frappe, et c’est ce qui m’a fait rester. Le réalisateur Marc Munden a construit une image saturée de jaune, de cyan et de magenta, où la campagne anglaise prend des couleurs presque irréelles. Les plans sont très larges, souvent symétriques, comme des cases de bande dessinée. Ce n’était pas qu’une affaire de décors : Munden et l’étalonneur Aidan Farrell retravaillaient les images pour changer la couleur du ciel, pousser le vert de l’herbe ou faire ressortir un objet précis. Il raconte à Wired s’être inspiré du Technicolor des films hollywoodiens des années 1950.

La musique de Cristobal Tapia de Veer finit le travail. Des bruits organiques, des voix déformées, des percussions bizarres : même une scène banale devient inquiétante. Bien avant The White Lotus, il avait déjà une signature qu’on reconnaît en trois notes. Et tout ce côté coloré, presque joli, rend la violence encore plus glaçante quand elle arrive. Les tueurs comme Arby et Lee agissent avec un calme qui met franchement mal à l’aise.

Jessica Hyde, le personnage qui porte la série

« Where is Jessica Hyde ? » Cette question revient dès le premier épisode, et elle résume bien la place du personnage. Fiona O’Shaughnessy en fait quelqu’un de dur, imprévisible, élevé pour survivre et incapable de faire confiance à qui que ce soit. Elle est à la fois la personne la plus dangereuse du groupe et celle qui en sait le plus sur le Network. Ce que j’aime, c’est que la série ne la rend jamais simplement « cool » : derrière son efficacité, on sent une enfance volée et une solitude énorme. Elle arrive dans la vie des autres personnages comme une tempête, et c’est souvent à travers elle qu’on mesure à quel point ils sont dépassés.

Un mystère qui accroche jusqu’au bout

Le complot d’Utopia se dévoile petit à petit, sans jamais tout donner d’un coup. Les personnages comprennent progressivement l’ampleur du projet du Network, mais ils n’ont jamais assez d’informations pour savoir si ce qu’ils découvrent est une vérité ou une nouvelle manipulation. On est exactement dans la même position qu’eux, et c’est ce qui rend la série si addictive. Surtout, le mystère ne repose pas que sur des rebondissements : il pose un vrai dilemme moral autour de la surpopulation, des épidémies et du contrôle des naissances. Le Network fait des choses horribles, mais la série a le courage de ne pas rendre ses arguments complètement absurdes, et c’est ce qui dérange.

Ce qui coince

La fin, ou plutôt son absence. Channel 4 a arrêté la série en 2014, après deux saisons, alors que le dernier épisode prépare clairement une nouvelle confrontation. Dennis Kelly avait proposé de tout conclure avec un épisode spécial de deux heures, comme il l’expliquait à The Independent, mais la chaîne n’a pas donné suite. En 2024, il a confié au Guardian que les audiences étaient tombées pendant la saison 2, diffusée l’été. Résultat, on reste avec un cliffhanger pour toujours. Il faut aussi prévenir : la violence est très frontale, et certaines scènes sont vraiment difficiles à regarder.

Faut-il la regarder malgré tout ?

Oui, sans hésiter. Les douze épisodes révèlent l’essentiel du complot et développent vraiment les motivations du Network. Le cliffhanger frustre, mais il n’efface ni les révélations ni l’identité folle de la série. La saison 1 reste d’ailleurs la plus forte, et l’International Emmy de la meilleure série dramatique qu’elle a reçu n’est pas volé.

Pour qui, et quoi regarder ensuite

Utopia est faite pour ceux qui aiment les conspirations, les séries qui ont une vraie signature visuelle et l’humour noir. Si vous aimez les mystères qui demandent de l’attention, lisez aussi pourquoi Dark reste l’une des séries Netflix les plus difficiles à comprendre. Et pour une autre série britannique sombre, plus récente, il y a notre avis sur Sweetpea, avec Ella Purnell.

Infos pratiques

  • Format : 2 saisons, 12 épisodes
  • Diffusion d’origine : Channel 4, 2013-2014
  • Création : Dennis Kelly
  • Avec : Fiona O’Shaughnessy, Alexandra Roach, Nathan Stewart-Jarrett, Adeel Akhtar, Neil Maskell
  • Où la voir : la version britannique est sur Prime Video. Attention à ne pas la confondre avec le remake américain de 2020, porté par Sasha Lane et John Cusack, annulé après une saison.
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