Si Chernobyl vous a marqué par sa reconstitution d’un désastre annoncé, sa tension étouffante et ses personnages enfermés dans une situation qu’ils ne maîtrisent plus, la première saison de The Terror mérite votre attention. Diffusée en 2018 sur AMC, cette série en dix épisodes raconte le destin de l’expédition Franklin, disparue dans l’Arctique au XIXe siècle. Elle y ajoute une menace surnaturelle, sans jamais oublier que le froid, la faim et les décisions humaines sont déjà capables de produire leur propre cauchemar.
The Terror raconte une catastrophe historique bien réelle
Le 19 mai 1845, les navires britanniques HMS Erebus et HMS Terror quittent l’Angleterre avec 129 hommes à bord. Dirigée par Sir John Franklin, l’expédition doit cartographier les dernières portions encore inconnues du passage du Nord-Ouest, une route maritime reliant les océans Atlantique et Pacifique à travers l’archipel arctique canadien.
Les deux navires restent cependant prisonniers de la glace à partir du 12 septembre 1846. Franklin meurt le 11 juin 1847 et, le 22 avril 1848, les 105 hommes encore en vie abandonnent les bateaux pour tenter de rejoindre le continent à pied. Aucun membre de l’expédition ne survivra.
La chronologie générale a pu être reconstituée grâce à une note retrouvée sur l’île du Roi-Guillaume, à des vestiges archéologiques et aux témoignages transmis par les populations inuites. Les circonstances exactes des derniers mois restent néanmoins entourées de zones d’ombre. Les épaves de l’Erebus et du Terror n’ont été retrouvées qu’en 2014 et 2016, des découvertes réalisées grâce au rôle essentiel des connaissances et de la tradition orale inuites.
Cette part de mystère permet à la série, adaptée du roman de Dan Simmons, d’imaginer ce qui a pu se produire lorsque les navires ont cessé de communiquer avec le reste du monde.

Jared Harris se retrouve encore au centre d’un désastre annoncé
Le lien le plus évident entre The Terror et Chernobyl porte un nom : Jared Harris. Un an avant d’incarner le scientifique soviétique Valeri Legassov dans la minisérie de HBO, l’acteur jouait déjà un homme contraint de regarder une catastrophe se refermer sur lui.
Dans The Terror, il interprète Francis Crozier, capitaine du HMS Terror et second responsable de l’expédition. Marin expérimenté et familier des régions polaires, Crozier comprend rapidement que la situation devient incontrôlable. Son expérience se heurte pourtant aux ambitions de Sir John Franklin, incarné par Ciarán Hinds, ainsi qu’aux règles et à la hiérarchie rigide de la Royal Navy.
Comme Legassov dans Chernobyl, Crozier n’est donc pas un héros tout-puissant. Il possède certaines connaissances susceptibles de limiter le désastre, mais doit composer avec des supérieurs, des intérêts politiques et une institution qui refuse d’admettre ses faiblesses.
Tobias Menzies complète le trio principal dans le rôle du capitaine James Fitzjames. Paul Ready, Adam Nagaitis et Nive Nielsen occupent également des places importantes dans une distribution où les tensions évoluent progressivement à mesure que les réserves diminuent.
Le même sentiment d’inéluctable que dans Chernobyl
Chernobyl ne cherchait pas à créer du suspense autour de l’explosion du réacteur : le spectateur connaissait déjà la catastrophe et ses conséquences. Sa force résidait dans la manière dont elle montrait les erreurs, les mensonges et les décisions qui avaient aggravé une situation déjà dramatique.
The Terror repose sur un principe comparable. L’histoire réelle nous apprend que les 129 hommes ont disparu. La question n’est donc pas de savoir si l’expédition va réussir, mais de comprendre comment une mission présentée comme une démonstration de puissance technologique et impériale peut se désagréger.
Les navires disposent initialement d’importantes réserves, d’un système de chauffage et d’équipements considérés comme modernes pour l’époque. Mais rien n’a été pensé pour une immobilisation aussi longue. Le froid extrême, le scorbut, la faim, les maladies et un possible empoisonnement au plomb réduisent progressivement les chances de survie.
Comme dans Chernobyl, la catastrophe transforme également les règles sociales. Les titres et les grades perdent leur valeur lorsque les hommes ne peuvent plus se nourrir. L’autorité devient fragile, les décisions sont contestées et les membres de l’équipage doivent choisir entre l’obéissance, la solidarité et leur propre survie.

Une série historique qui assume pleinement l’horreur
La grande différence entre les deux séries vient de leur rapport au fantastique. Chernobyl tire toute son horreur d’un événement réel. The Terror ajoute aux dangers historiques un immense prédateur surnaturel, le Tuunbaq, qui traque les hommes sur la banquise.
Ce monstre ne remplace pourtant pas la catastrophe humaine. Il l’accompagne et accentue le sentiment que l’équipage s’est aventuré dans un territoire qu’il ne comprend pas. Les plus grandes menaces demeurent souvent les erreurs de commandement, l’épuisement, la maladie et les conflits qui déchirent progressivement le groupe.
David Kajganich et Soo Hugh, les deux responsables de la première saison, expliquaient d’ailleurs à AMC avoir construit l’histoire à partir des décisions des personnages plutôt qu’autour d’une simple succession de rebondissements. Cette approche donne à la série un rythme volontairement lent, beaucoup plus proche d’une tragédie historique que d’un programme d’horreur reposant uniquement sur les apparitions d’une créature.
The Terror demande davantage de patience que Chernobyl
Avec ses cinq épisodes, Chernobyl avançait rapidement vers l’explosion, ses conséquences puis la recherche des responsabilités. The Terror dispose de dix épisodes et prend plus de temps pour installer les relations entre les officiers, la vie quotidienne sur les bateaux et la dégradation physique des hommes.
Cette lenteur fait partie de son identité. Il ne faut pas attendre une attaque ou une révélation à chaque épisode. La série préfère laisser le froid, le silence et l’isolement s’installer avant que la situation ne bascule complètement.
La recommandation vise par ailleurs uniquement la première saison. The Terror est une anthologie : sa deuxième saison, sous-titrée Infamy, raconte une histoire entièrement différente autour de l’internement des Américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. L’expédition Franklin possède donc une fin complète au terme de ses dix épisodes.
Où regarder The Terror en France ?
Au 5 septembre 2026, The Terror n’est proposée par aucune plateforme française dans le cadre d’un abonnement classique. D’après les offres recensées par JustWatch, la série peut être louée sur Canal VOD et achetée sur Amazon Video, Canal VOD ou l’Apple TV Store. Cette disponibilité étant susceptible d’évoluer, mieux vaut vérifier les différentes plateformes avant de commencer la série.
Si ce qui vous fascinait dans Chernobyl était de voir des hommes compétents comprendre trop tard qu’une institution entière les avait conduits au désastre, The Terror retrouve cette même sensation au milieu de la glace. Le monstre rôde autour des navires, mais le véritable cauchemar commence lorsque les certitudes de l’équipage s’effondrent.