Sur le papier, DANG! possède une généalogie assez séduisante. Andrew Law a travaillé sur Hacks et The Good Place, Matt Murray est lui aussi passé par la comédie de Mike Schur, et Schur lui-même produit la série avec Alan Yang. À l’arrivée, pourtant, la nouvelle sitcom animée de Netflix ressemble moins à une déclinaison de leurs anciens succès qu’à une comédie familiale beaucoup plus personnelle.
Les huit épisodes sont disponibles depuis le 8 septembre, y compris en France, avec Stephanie Hsu, Poppy Liu et Andrew Law dans les trois rôles principaux.
Le titre désigne leur nom de famille. Ruthie, Andrew et Eunice Dang ont grandi ensemble mais sont devenus trois adultes qui n’ont pratiquement rien réussi de la même manière. Ruthie est l’aînée brillante que leurs parents ont toujours prise comme modèle. Andrew et Eunice vivent ensemble à New York et ont depuis longtemps accepté d’être considérés comme les deux membres beaucoup moins impressionnants de la fratrie.
Puis Ruthie débarque chez eux avec une vie en morceaux.
C’est à partir de là que DANG! trouve son vrai sujet : ce qui reste des rôles distribués pendant l’enfance lorsque les enfants deviennent adultes et découvrent que le « bon élève » de la famille n’est peut-être pas plus solide que les autres.
Ruthie revient à New York avec beaucoup plus qu’une valise
Andrew et Eunice partagent un appartement à Chinatown. Leur quotidien n’est pas particulièrement glorieux, mais il possède au moins une forme d’équilibre.
Andrew est anxieux, incapable de ne pas essayer de satisfaire tout le monde et suffisamment maladroit pour transformer les situations les plus ordinaires en problèmes. Eunice, 26 ans, assume beaucoup mieux son chaos et continue de s’appuyer sur son frère pour une quantité impressionnante de tâches adultes.
Ruthie a longtemps représenté exactement l’inverse.
Avocate, mariée et installée dans une existence respectable, elle est celle que leurs parents peuvent citer lorsque vient le moment de rappeler aux deux autres ce qu’ils auraient dû devenir. Son retour à New York bouleverse donc davantage qu’un simple appartement : la sœur qui incarnait la réussite annonce qu’elle quitte son mari et qu’elle est enceinte d’un autre homme.
Netflix résume la série comme l’histoire d’Andrew et Eunice qui apprennent à Ruthie les joies de l’imperfection pendant qu’elle les aide, de son côté, à devenir un peu plus adultes. Les huit épisodes et leurs résumés sont disponibles directement sur Netflix France.
Ce point de départ aurait parfaitement pu devenir une sitcom en prises de vues réelles.
C’était d’ailleurs le projet initial.
DANG! devait d’abord être tournée avec de vrais acteurs
Le passage à l’animation n’était pas prévu dès la première idée.
Le Los Angeles Times rapporte qu’Andrew Law et Matt Murray avaient d’abord imaginé DANG! comme une comédie live-action avant de faire évoluer le projet. En regardant les huit épisodes terminés, le changement paraît finalement assez naturel. (latimes.com)
La série utilise régulièrement des images et des gags que des acteurs pourraient difficilement reproduire avec la même légèreté. Une patronne déformée par ses propres traitements esthétiques peut devenir presque entièrement visage. Une tête peut rouler au milieu d’une réunion sans que l’épisode se transforme soudainement en film d’horreur. Un rat peut connaître une fin particulièrement absurde dans une cuisine.
L’animation permet surtout à la série de partir très loin tout en gardant une structure de sitcom traditionnelle.
Derrière les excès visuels, chaque épisode revient aux mêmes choses : le travail, les relations sexuelles, les parents, l’argent, les névroses et les vieilles rancœurs familiales.
Titmouse assure l’animation. Le studio possède déjà une longue expérience de ce registre avec des productions comme Big Mouth, The Midnight Gospel ou The Legend of Vox Machina.
Andrew Dang ressemble à son créateur, sans être vraiment lui
L’autre particularité de la série vient d’Andrew Law lui-même.
Non seulement il crée DANG! et en partage la direction quotidienne avec Matt Murray, mais il prête aussi sa voix à Andrew Dang, un personnage qui porte donc son prénom.
La tentation autobiographique est évidente. Elle n’est pourtant que partielle.
Law explique que certaines anxiétés et certains traits de son personnage viennent bien de lui, tout comme une partie du milieu new-yorkais que la série observe. En revanche, l’un des éléments les plus importants de DANG! est totalement inventé : Andrew Law est enfant unique. (animationscoop.com)
Il raconte avoir construit cette fratrie en utilisant les histoires de ses amis et de ses scénaristes. Matt Murray apporte notamment son expérience d’une famille avec trois sœurs.
Ce décalage est assez révélateur du fonctionnement de la série. DANG! n’est pas le récit déguisé de la famille d’Andrew Law ; elle utilise plutôt le trio comme un moyen de mélanger plusieurs expériences familiales et plusieurs manières d’être adulte.
Law n’était d’ailleurs pas convaincu au départ de devoir interpréter son propre personnage. Matt Murray, Mike Schur et Alan Yang l’ont encouragé à essayer. Il a finalement accepté et explique aujourd’hui avoir apprécié la liberté qu’offre l’enregistrement vocal par rapport à un plateau live-action.
Stephanie Hsu et Poppy Liu empêchent le trio de tourner autour d’Andrew
Le choix fonctionne surtout parce que les deux sœurs possèdent des voix très identifiables.
Stephanie Hsu, nommée à l’Oscar pour Everything Everywhere All at Once, incarne Ruthie. Son personnage aurait facilement pu devenir une caricature de sœur parfaite simplement destinée à être humiliée par son retour à la réalité. Hsu lui donne davantage de nervosité : Ruthie continue de vouloir contrôler ce que les autres pensent d’elle alors que presque tout ce qui justifiait ce contrôle vient de disparaître.
Poppy Liu, déjà passée par Hacks, joue Eunice avec une énergie complètement différente. Elle semble souvent être la plus insouciante des trois, mais la série finit par montrer que cette désinvolture est aussi une manière de ne pas affronter certaines choses.
Netflix complète la distribution avec Noël Wells, Edi Patterson, Jared Goldstein, SungWon Cho, Al Roberts et Adam Pally. La version française est également disponible dès maintenant, avec audiodescription française et sous-titres français. (netflix.com)
L’ensemble dure un peu moins de quatre heures. Les épisodes tournent autour de 25 à 27 minutes, ce qui permet à Netflix de proposer la saison comme un binge assez court.
L’influence de The Good Place se trouve moins dans le concept que dans les personnages
Mike Schur n’a pas créé DANG!.
Il faut insister sur cette nuance parce que l’association avec The Good Place peut facilement donner l’impression que Netflix propose une nouvelle série de son auteur. Andrew Law est le créateur, tandis que Matt Murray partage avec lui les fonctions de co-showrunner. Schur intervient comme producteur exécutif aux côtés d’Alan Yang et David Miner.
Son influence est néanmoins perceptible dans la manière dont la série traite ses personnages.
DANG! est beaucoup plus crue et plus contemporaine que The Good Place. Elle parle de médicaments amaigrissants, de créateurs de contenus pour adultes, d’applications, de sexe et de culture internet avec une rapidité qui la rapproche parfois davantage de Hacks ou de Broad City.
Mais elle partage avec les comédies de Schur une idée assez simple : être une personne pénible ne signifie pas être condamné à le rester.
Andrew, Eunice et Ruthie commencent tous la saison avec des défauts particulièrement visibles. Le scénario ne cherche pas à les rendre immédiatement admirables ; il les place simplement suffisamment longtemps ensemble pour que leurs comportements deviennent compréhensibles.
Pour ceux qui veulent revenir à l’une des séries ayant formé une partie de cette équipe créative, Dernier Rush a justement expliqué pourquoi The Good Place s’est volontairement arrêtée après quatre saisons.
Les critiques aiment davantage la famille que toutes ses blagues
Une semaine après la sortie, l’accueil critique permet aussi de dépasser les premières impressions.
Rotten Tomatoes affiche actuellement 83 % d’avis favorables, mais sur seulement six critiques recensées. Le chiffre est donc encourageant sans constituer encore un consensus très robuste. (rottentomatoes.com)
Le Los Angeles Times trouve la série globalement amusante et apprécie surtout la manière dont la relation des trois membres de la famille évolue. Le Boston Globe souligne également la pertinence de cette dépendance affective entre adultes qui ont construit leur identité les uns contre les autres. (bostonglobe.com)
D’autres sont beaucoup moins convaincus.
The Hollywood Reporter décrit une comédie pleine d’idées mais trop irrégulière dans ses effets, tandis que NME estime que la série possède de bons personnages sans parvenir suffisamment souvent à transformer cette matière en véritable comédie. (nme.com)
Le désaccord porte donc moins sur le trio que sur tout ce qui se construit autour.
Les références très contemporaines, les excès de l’animation et l’accumulation de comportements volontairement agaçants fonctionnent pour certains critiques et fatiguent les autres.
C’est probablement aussi la meilleure indication pour savoir si DANG! est faite pour vous. La série n’essaie jamais de rendre ses trois héros simplement sympathiques. Elle demande plutôt au spectateur d’accepter qu’une famille puisse être drôle précisément parce que personne n’y possède vraiment le recul nécessaire pour voir à quel point il est insupportable.
Son premier classement Netflix reste discret
La question est désormais de savoir si suffisamment d’abonnés ont essayé.
Netflix vient de publier ses résultats mondiaux pour la semaine du 7 au 13 septembre, qui couvre les six premiers jours de disponibilité de DANG!.
La série n’apparaît pas dans le Top 10 mondial des programmes anglophones. Le dixième titre, la saison 5 d’Outer Banks, comptabilisait 2 millions de vues sur la semaine. (Netflix Top 10)
Cela ne veut pas dire que DANG! est déjà condamnée.
Six jours constituent un échantillon très court, particulièrement pour une nouvelle animation sans franchise connue derrière elle, et Netflix ne publie pas les résultats de tous ses programmes. On ne connaît donc pas son nombre exact de vues.
Mais on peut au moins dire que son lancement n’a pas été assez important pour rejoindre immédiatement les dix séries anglophones les plus regardées de la plateforme dans le monde.
À titre de comparaison, Crew Girl, arrivée deux jours après, s’est classée quatrième avec 5,2 millions de vues.
Netflix n’a encore rien décidé sur une saison 2
À ce stade, aucune saison 2 n’est annoncée.
Ce n’est pas particulièrement inquiétant huit jours après une première saison : Netflix attend généralement d’avoir davantage de données de consommation avant de communiquer sur l’avenir d’une nouvelle série.
Le format lui-même pourrait facilement continuer. La première saison ne repose pas sur un mystère à résoudre ou une intrigue qui empêcherait de repartir. Andrew, Eunice et Ruthie peuvent simplement continuer à vieillir, à changer de travail, à avoir de mauvaises relations et à retrouver leurs parents.
La question sera davantage économique que narrative.
L’absence du Top 10 mondial lors de la première semaine invite pour l’instant à ne pas annoncer trop vite une suite, même si l’accueil critique est globalement favorable.
Les huit épisodes restent néanmoins disponibles en France, et DANG! possède un avantage assez rare au milieu du flot de nouveautés Netflix : on peut regarder toute la saison en une soirée sans avoir l’impression de commencer une nouvelle franchise qui réclamera immédiatement trois saisons de plus.
Pour l’instant, la famille Dang n’a besoin que de quatre heures.
Ce qui est déjà beaucoup lorsqu’il faut les passer avec ses frères et sœurs.