Il existe quelques notes de musique capables de faire apparaître Poudlard avant même qu’une image soit projetée. Plus de vingt-cinq ans après le premier film Harry Potter, les premières mesures de « Hedwig’s Theme » restent indissociables de la saga. C’est précisément avec cet héritage que Hans Zimmer doit maintenant composer — au sens propre comme au figuré.
Chargé avec Kara Talve, Anže Rozman et le collectif Bleeding Fingers Music de créer la musique de la nouvelle série Harry Potter de HBO, le compositeur vient de préciser la direction qu’il entend suivre. Son objectif n’est pas d’écrire une version modernisée de John Williams ni de reproduire le langage musical des films. Zimmer veut au contraire s’en éloigner autant que possible afin de donner à cette nouvelle adaptation sa propre identité.
Dans une nouvelle interview accordée à Collider et relayée par Variety, il reconnaît l’évidence : tenter de succéder à John Williams est intimidant. Mais il estime également que l’erreur serait précisément d’essayer de l’imiter.
« Je ne peux pas écrire comme John Williams », explique-t-il en substance avant d’ajouter que, même s’il en était capable, il chercherait à aller « aussi loin que possible » de son approche pour rester original.
Cette déclaration éclaire beaucoup mieux l’annonce faite par HBO en janvier. À l’époque, Zimmer et Bleeding Fingers parlaient encore d’« honorer ce qui a précédé » tout en créant une nouvelle musique pour la série. On comprend maintenant ce que cette formule signifie : respecter l’importance de la musique des films ne veut pas dire la reproduire.
Hans Zimmer ne veut pas devenir le nouveau John Williams
La comparaison était inévitable dès son recrutement.
John Williams a composé les bandes originales des trois premiers films : Harry Potter à l’école des sorciers, Harry Potter et la Chambre des secrets et Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban. C’est durant cette période qu’est né « Hedwig’s Theme », devenu bien plus qu’un morceau associé à un seul personnage.
Le motif a progressivement servi de signature sonore à toute la franchise.
Même lorsque Williams a quitté la saga, ses successeurs — Patrick Doyle sur La Coupe de feu, Nicholas Hooper sur L’Ordre du Phénix et Le Prince de sang-mêlé, puis Alexandre Desplat sur les deux parties des Reliques de la Mort — ont travaillé dans un univers musical dont la première identité avait déjà été profondément marquée par lui.
Hans Zimmer arrive donc devant une difficulté assez rare : écrire la musique d’un monde dont le public possède déjà une bande originale mentale.
Un château.
Un train.
Quelques chandelles flottant dans la Grande Salle.
Il suffit parfois de ces images pour que la mélodie de Williams surgisse immédiatement.
Zimmer pourrait essayer de provoquer le même réflexe avec des orchestrations voisines, des cloches, des cordes et certains types d’harmonies évoquant directement les films.
Il explique désormais vouloir faire précisément l’inverse.
L’expérience de Superman a déjà confronté Zimmer au même problème
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il doit succéder à John Williams sur une franchise monumentale.
Lorsqu’il accepte de composer la musique de Man of Steel, sorti en 2013, Zimmer doit déjà travailler dans l’ombre d’un thème quasiment intouchable : celui composé par Williams pour le Superman de Richard Donner en 1978.
L’expérience avait été difficile.
Zimmer raconte avoir passé plusieurs mois à douter de sa capacité à écrire quoi que ce soit pour le personnage précisément parce que la musique précédente lui semblait trop brillante et trop fortement associée à Superman.
Christopher Nolan, producteur de Man of Steel, finit par demander à Zack Snyder d’aller voir où en est le compositeur.
Zimmer n’a pratiquement rien.
Snyder lui rend visite.
Et une remarque extrêmement simple finit par le libérer : ce n’est, après tout, « qu’un film ».
Zimmer ne raconte pas cette anecdote pour diminuer l’importance de Harry Potter ou de Superman. Il l’utilise plutôt pour expliquer qu’un compositeur ne peut pas créer s’il considère constamment l’œuvre précédente comme un monument impossible à toucher.
Avec Man of Steel, il avait finalement abandonné la tentative de concurrencer directement la fanfare héroïque de Williams et conçu une identité radicalement différente, fondée notamment sur les percussions, les textures et une approche beaucoup plus contemporaine.
Pour Harry Potter, il semble vouloir adopter le même état d’esprit.
Une nouvelle musique ne signifie pas nécessairement la disparition totale de Hedwig’s Theme
C’est ici qu’une nuance importante s’impose.
Les déclarations de Hans Zimmer permettent d’affirmer qu’il veut écrire une musique très éloignée stylistiquement de celle de John Williams.
Elles ne permettent pas encore d’affirmer que « Hedwig’s Theme » ne sera jamais entendu dans la série.
Aucune déclaration officielle de HBO actuellement disponible n’annonce l’interdiction des anciens thèmes.
Zimmer ne dit pas non plus explicitement qu’aucune citation, aucun arrangement ou aucune référence ponctuelle ne pourra apparaître.
Ce qu’il affirme concerne sa démarche de composition : s’il essayait d’écrire « comme Williams », le résultat serait forcément prisonnier de la comparaison.
C’est une différence importante.
La série peut posséder une nouvelle identité musicale tout en conservant éventuellement un clin d’œil à l’héritage cinématographique si HBO et les ayants droit le souhaitent.
Pour l’instant, nous ne savons simplement pas si cela arrivera.
Le premier véritable morceau de la série n’a d’ailleurs pas encore été dévoilé publiquement. Le site officiel de la franchise précisait encore lors de la sortie du premier teaser que la nouvelle musique de Hans Zimmer restait à découvrir.
Hans Zimmer ne composera pas Harry Potter entièrement seul
Autre raccourci à éviter : présenter chaque minute de la future bande originale comme une œuvre exclusivement écrite par Zimmer.
HBO a officiellement confié la série à Hans Zimmer et Bleeding Fingers Music.
Deux autres compositeurs sont directement associés au projet : Kara Talve et Anže Rozman. Tous trois avaient signé ensemble la première déclaration publiée lors de l’annonce de janvier, expliquant être conscients de la responsabilité représentée par l’héritage musical de Harry Potter.
Bleeding Fingers fonctionne précisément comme un collectif.
Fondée autour de Zimmer avec Russell Emanuel et Steven Kofsky, la structure permet à plusieurs compositeurs de travailler ensemble sur des projets qui peuvent demander beaucoup plus de musique qu’un film traditionnel.
Et c’est ici que le format de la série change complètement la nature du défi.
Une série de huit épisodes demande beaucoup plus de musique qu’un film
La première saison de Harry Potter adaptera Harry Potter à l’école des sorciers sur huit épisodes. HBO a confirmé ce format lorsqu’elle a dévoilé son premier teaser.
Le film de Chris Columbus racontait la même histoire en environ deux heures et demie.
La série disposera donc de beaucoup plus de temps pour construire son monde.
Cela concerne les personnages, les dialogues et les passages du roman absents du cinéma, mais également la musique.
Dernier Rush a déjà détaillé les nombreuses scènes des livres que la série HBO réintègre alors qu’elles n’existaient pas dans les films.
La même logique peut désormais s’appliquer au paysage sonore.
Zimmer, Talve et Rozman pourront théoriquement attribuer des identités musicales à des personnages, des lieux ou des situations qui avaient parfois très peu de place dans le film.
Le monde moldu de Harry avant Poudlard peut avoir sa propre couleur.
La vie quotidienne dans le château peut respirer davantage.
Les différentes maisons peuvent être développées.
Les cours, les mystères, le Quidditch, la Forêt interdite ou les multiples personnages secondaires peuvent disposer de thèmes ou de textures qui évoluent progressivement.
Une série ne demande pas seulement davantage de musique.
Elle permet à la musique de se transformer beaucoup plus lentement.
La nouvelle adaptation cherche justement à ne pas être une copie des films
Cette volonté rejoint finalement la question qui accompagne toute la série depuis son annonce.
Pourquoi raconter de nouveau Harry Potter alors que les huit films restent extrêmement populaires ?
HBO répond principalement par le format : chaque roman dispose désormais d’une saison complète, permettant de développer des personnages et des événements qui avaient dû être supprimés ou condensés au cinéma.
Les premières images ont déjà montré cette approche avec l’école moldue de Harry, Petunia lui coupant les cheveux ou encore certains trajets avec Hagrid qui n’avaient jamais été adaptés à l’écran.
Mais une adaptation réellement nouvelle ne peut pas se contenter d’ajouter les scènes manquantes tout en reproduisant exactement les images et les sons des films.
La musique devient donc un test particulièrement important.
Si les spectateurs ferment les yeux et pensent immédiatement entendre une neuvième bande originale de la saga cinématographique, la série aura peut-être du mal à construire sa propre identité.
Zimmer semble parfaitement conscient du problème.
Pourtant, les bandes-annonces assument déjà une certaine familiarité visuelle
Variety relève d’ailleurs un contraste intéressant.
Les premières bandes-annonces de HBO contiennent de nombreux éléments visuels immédiatement reconnaissables pour ceux qui connaissent les films : Poudlard, les uniformes, les lieux emblématiques et une iconographie qui appartient depuis longtemps à l’imaginaire de la franchise.
Cela ne signifie pas que la production copie les longs métrages.
Les décors et costumes ont été repensés, et la série affirme régulièrement son statut de nouvelle adaptation des romans.
Mais le public arrive nécessairement avec vingt-cinq années de souvenirs.
La musique offre justement l’un des moyens les plus efficaces de provoquer une rupture.
Une scène peut représenter le même Poudlard.
Si elle est accompagnée d’une musique radicalement différente, la sensation produite peut changer immédiatement.
Voilà pourquoi le choix de Zimmer et Bleeding Fingers dépasse largement la présence d’un nom prestigieux au générique.
Ils doivent contribuer à apprendre au public à écouter Harry Potter autrement.
John Williams n’a jamais été le seul compositeur des films
La place prise par « Hedwig’s Theme » peut d’ailleurs donner une image légèrement trompeuse de la saga cinématographique.
Les huit films ne possèdent pas tous la même musique.
Après le départ de John Williams, Patrick Doyle a composé La Coupe de feu.
Nicholas Hooper a signé L’Ordre du Phénix et Le Prince de sang-mêlé.
Alexandre Desplat a ensuite composé les deux parties des Reliques de la Mort.
Chacun a apporté quelque chose de différent.
La franchise a donc déjà prouvé qu’elle pouvait changer de compositeur sans perdre totalement son identité.
La situation de la série reste cependant différente.
Doyle, Hooper et Desplat travaillaient dans la continuité d’une même saga cinématographique avec les mêmes interprètes et un récit déjà commencé.
Zimmer et Bleeding Fingers doivent participer à la naissance d’une nouvelle continuité.
Ils ne reprennent pas le cinquième film après quatre épisodes précédents.
Ils repartent de Privet Drive.
Du quai 9¾.
De la première découverte de Poudlard.
Ils disposent donc d’une occasion que les successeurs de Williams n’avaient jamais réellement eue : recommencer la construction musicale depuis le début.
Le premier thème de la série sera probablement observé à la loupe
La pression sera immense lorsque HBO publiera enfin quelques secondes de musique originale.
Parce qu’il existe deux attentes presque contradictoires.
Une partie du public voudra retrouver immédiatement la sensation associée aux films.
Une autre attend précisément que la série justifie son existence en proposant quelque chose de neuf.
Hans Zimmer semble avoir choisi son camp créatif : ne pas chercher à gagner une compétition impossible avec John Williams.
Il ne s’agit pas de produire un meilleur « Hedwig’s Theme ».
Il s’agit de trouver ce que Harry Potter peut devenir musicalement lorsque l’on retire « Hedwig’s Theme » de l’équation initiale.
C’est probablement beaucoup plus risqué.
Mais c’est également beaucoup plus intéressant.
Quand entendra-t-on la musique de Hans Zimmer dans Harry Potter ?
Pour l’instant, HBO n’a annoncé aucune sortie de single ni de bande originale en amont de la série.
Les premières vidéos promotionnelles n’ont pas encore constitué la véritable présentation du nouveau score, et le site officiel indiquait explicitement que celui-ci restait à entendre.
La première saison est annoncée pour Noël 2026 sur HBO et HBO Max. Le site officiel Harry Potter confirme également la participation de Zimmer, Talve et Rozman à cette nouvelle identité musicale.
En France, HBO Max est déjà disponible, ce qui évite l’incertitude de distribution internationale qui accompagne parfois les productions américaines.
La prochaine étape vraiment importante sera donc musicale.
Un premier extrait.
Un thème principal.
Ou simplement une scène suffisamment longue pour comprendre comment Bleeding Fingers compte faire sonner Poudlard.
La musique pourrait devenir l’une des différences les plus importantes entre les deux Harry Potter
Les débats autour de la nouvelle série se concentrent naturellement sur les acteurs.
Dominic McLaughlin face à Daniel Radcliffe.
Arabella Stanton après Emma Watson.
Alastair Stout après Rupert Grint.
John Lithgow après Richard Harris et Michael Gambon.
Mais l’un des changements les plus difficiles à accepter ne concernera peut-être aucun visage.
Il concernera quelques notes.
Depuis 2001, la musique de John Williams a tellement fusionné avec Harry Potter qu’elle donne parfois l’impression d’avoir toujours existé avec les romans.
Elle n’y était évidemment pas.
Et la nouvelle série oblige désormais le public à imaginer la même histoire sans dépendre systématiquement de cette mélodie.
Hans Zimmer ne cherche pas à effacer John Williams.
Ses déclarations montrent presque l’inverse : il le respecte suffisamment pour ne pas vouloir l’imiter.
C’est précisément ce qu’il avait fini par comprendre sur Man of Steel. Succéder à une musique iconique ne nécessite pas de la battre sur son propre terrain. Il faut créer un autre terrain.
Pour la nouvelle série Harry Potter, cela pourrait devenir l’un des choix les plus déterminants de toute l’adaptation.
HBO veut raconter les mêmes romans avec davantage de temps.
Hans Zimmer et Bleeding Fingers veulent désormais leur donner une autre voix.