Fleabag n’a pas été annulée par la BBC ou Prime Video. Phoebe Waller-Bridge a elle-même choisi d’arrêter la série après douze épisodes, estimant que son héroïne avait accompli le parcours émotionnel qu’elle souhaitait raconter. Malgré l’immense succès de la deuxième saison en 2019, la créatrice ne voulait pas prolonger artificiellement une histoire dont la dernière scène constituait déjà, à ses yeux, un véritable adieu.
Fleabag n’a pas été annulée par manque de succès
Les deux saisons de Fleabag comptent chacune six épisodes. La première a été diffusée au Royaume-Uni en 2016, avant que la série ne revienne trois ans plus tard pour une seconde saison achevée le 8 avril 2019.
Cet arrêt ne s’explique ni par des audiences jugées insuffisantes ni par une décision de la plateforme. La saison 2 a au contraire transformé la comédie britannique en phénomène international. En septembre 2019, elle a notamment remporté les Emmy Awards de la meilleure série comique, de la meilleure actrice et du meilleur scénario dans une comédie pour Phoebe Waller-Bridge.
Amazon était disposé à poursuivre l’aventure, mais sa créatrice considérait que l’histoire avait atteint sa conclusion naturelle. En septembre 2026, la page officielle de Fleabag sur Prime Video présente toujours la série comme une œuvre composée de deux saisons. Aucune troisième saison n’a été annoncée.
Phoebe Waller-Bridge voulait déjà s’arrêter après la première saison
La saison 2 elle-même a failli ne jamais exister. Après les six premiers épisodes, Phoebe Waller-Bridge pensait avoir terminé son histoire. Cette première saison reprenait en grande partie la construction de son spectacle seule en scène, présenté pour la première fois au Festival d’Édimbourg en 2013.
Le dernier épisode révélait la culpabilité que Fleabag dissimulait derrière ses plaisanteries, ses relations sexuelles et ses apartés adressés à la caméra. La jeune femme avait couché avec le compagnon de Boo, sa meilleure amie, provoquant indirectement les événements ayant conduit à la mort de celle-ci.
Après cette révélation, Waller-Bridge ne savait plus comment justifier la relation entre Fleabag et le public. Elle a finalement trouvé une nouvelle direction en imaginant un personnage capable de remarquer les regards de l’héroïne vers la caméra.
Cette idée a donné naissance au Prêtre interprété par Andrew Scott. Pour la première fois, quelqu’un pouvait voir Fleabag se retirer mentalement d’une conversation afin de s’adresser aux spectateurs. La créatrice a expliqué au Los Angeles Times que cette relation devait apprendre à son personnage à redevenir vulnérable, à retrouver de l’espoir et à accepter la possibilité d’aimer.

La fin de la saison 2 achève le parcours de Fleabag
Attention, la suite contient des révélations sur la fin de la série.
La deuxième saison ne se termine pas par une résolution heureuse au sens traditionnel. Le Prêtre reconnaît ses sentiments pour Fleabag, mais choisit finalement de rester fidèle à son engagement religieux. Après leur séparation à l’arrêt de bus, l’héroïne s’éloigne seule.
La véritable conclusion intervient quelques secondes plus tard. Lorsque la caméra tente de la suivre, Fleabag se retourne et lui fait comprendre qu’elle doit rester derrière. Ce geste ne s’adresse pas seulement au spectateur : il montre que le personnage n’a plus besoin de cette présence imaginaire pour supporter sa culpabilité et éviter de se confronter directement aux autres.
Au début de la série, les regards caméra servent de mécanisme de défense. Fleabag transforme constamment sa vie en spectacle pour dissimuler sa souffrance. Le Prêtre est le premier à repérer ces absences, mais aussi l’une des premières personnes devant lesquelles elle accepte de se montrer réellement vulnérable.
Phoebe Waller-Bridge résumait ainsi le parcours de son personnage dans un entretien accordé au Hollywood Reporter en août 2019 : Fleabag commence comme une personne qui se déteste, puis finit par croire qu’elle peut de nouveau aimer et se pardonner. La créatrice ajoutait, dans une déclaration traduite de l’anglais : « Je dois respecter cet arc, la laisser partir et vivre un peu. »
Continuer immédiatement aurait donc affaibli la dernière scène. Une troisième saison aurait dû recréer un conflit ou faire régresser Fleabag après avoir précisément montré qu’elle était enfin capable d’avancer sans le public.
Le succès de la saison 2 a renforcé sa décision
La réception de la deuxième saison aurait pu encourager Phoebe Waller-Bridge à prolonger la série. Elle a pourtant expliqué que les raisons de s’arrêter lui paraissaient encore plus évidentes après avoir terminé ces épisodes.
Ce choix correspond au fonctionnement particulier de Fleabag. La série n’a jamais été conçue comme une comédie capable de renouveler indéfiniment ses intrigues. Ses personnages secondaires, de Claire au Prêtre en passant par le père de Fleabag, participent tous au parcours intérieur de l’héroïne.
Une fois cette évolution achevée, produire de nouveaux épisodes uniquement pour répondre à la popularité de la série aurait contredit son dernier geste. Fleabag demande à la caméra de ne plus la suivre : ramener immédiatement cette même caméra aurait annulé la portée de son départ.
Une saison 3 de Fleabag reste-t-elle possible ?
Phoebe Waller-Bridge n’a jamais complètement fermé la porte à un retour très éloigné dans le temps. En 2019, elle évoquait le « fantasme » de retrouver Fleabag lorsqu’elle aurait 45 ou 50 ans. Cette déclaration ne constituait cependant ni l’annonce d’une saison 3 ni la confirmation d’un projet en développement.
La créatrice avait déjà changé d’avis après la première saison, ce qui laisse subsister une possibilité. Mais un éventuel retour ne servirait probablement pas à reprendre l’histoire quelques mois après l’arrêt de bus. Il s’agirait plutôt de retrouver le personnage à une autre période de sa vie, avec de nouvelles expériences et quelque chose de réellement différent à raconter.
Pour le moment, Fleabag reste donc une histoire complète en douze épisodes. Sa brièveté n’est pas la conséquence d’une annulation prématurée, mais celle d’une décision créative : laisser son héroïne continuer à vivre sans demander au spectateur de la suivre.