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# The World Before : Yoon Dan-bi revient avec un premier amour filmé au rythme d’une île coréenne
- URL: https://www.dernier-rush.fr/the-world-before-apres-moving-on-yoon-dan-bi-filme-un-premier-amour-sur-une-ile-coupee-du-continent/
- Published: 2026-09-13T13:26:15.000Z
- Updated: 2026-09-16T18:49:07.000Z
- Author: Thomas.S
- Tags: Films

Sept ans après *Moving On*, Yoon Dan-bi revient enfin au long métrage de fiction. Et plutôt que de chercher à élargir brutalement son cinéma après le succès critique de son premier film, la réalisatrice sud-coréenne semble avoir préféré déplacer doucement son regard. ***The World Before*** retrouve l’été, l’adolescence et les transformations presque imperceptibles qui traversaient déjà son précédent travail, mais les installe cette fois sur une île isolée, autour d’un premier amour qui bouleverse la manière dont une jeune fille regarde tout ce qu’elle croyait connaître.

Le film doit connaître sa **première mondiale publique ce 16 septembre 2026 à 17 h 45 au TIFF Lightbox de Toronto**, dans la compétition Platform du Festival international du film de Toronto. Pour le public français, la séance commencera à 23 h 45\. Une projection réservée à la presse et aux professionnels avait déjà eu lieu le 13 septembre, ce qui explique que plusieurs critiques aient pu découvrir le film avant cette soirée officielle. [Le vendeur international M-Appeal détaille le calendrier complet des projections torontoises](https://m-appeal.com/?ref=dernier-rush.fr), avec deux autres séances publiques programmées les 17 et 19 septembre.

Après Toronto, *The World Before* poursuivra presque immédiatement son parcours au **Festival de San Sebastián**, où il participera à la compétition New Directors réservée aux premiers et deuxièmes longs métrages. En quelques jours, le deuxième film de Yoon Dan-bi va donc passer par deux des principaux rendez-vous internationaux de l’automne.

## Jin a 17 ans et n’a jamais quitté son île

Le récit repose sur une situation particulièrement simple.

**Jin, 17 ans, est née sur une île sans route permettant de rejoindre directement le continent et ne l’a jamais quittée.** La mer rythme son quotidien et les mêmes lieux, les mêmes chemins et les mêmes visages composent depuis toujours l’intégralité de son monde.

Tout change lorsqu’un garçon réapparaît.

Dujae, son ami d’enfance, revient sur l’île pour assister aux funérailles de sa grand-mère. Après la cérémonie, il reste seul dans la maison que celle-ci a laissée derrière elle. Jin commence alors à inventer de petites raisons pour lui rendre visite.

Peu à peu, ces visites cessent d’être exceptionnelles et deviennent une partie de ses journées.

Le [synopsis officiel publié par M-Appeal](https://m-appeal.com/catalogue/the-world-before?ref=dernier-rush.fr) décrit moins une romance traditionnelle qu’une transformation de la perception de Jin. À mesure que l’été avance, son île semble changer alors qu’elle est toujours exactement la même : les routes, la mer et les personnes qu’elle voit depuis son enfance prennent soudainement une autre apparence.

Yoon Dan-bi résume elle-même l’idée centrale de manière encore plus claire. Pour elle, le premier amour ne correspond pas simplement au moment où l’on commence à aimer quelqu’un : c’est **le moment où un monde se referme et où un autre commence**.

Le titre coréen du film, *Cheot Segye*, renvoie précisément à cette idée d’un « premier monde ».

## Le film a été réellement tourné sur une île coupée du continent

Le décor n’est surtout pas un paysage générique choisi pour sa photogénie.

Yoon Dan-bi et son équipe ont tourné en grande partie sur **Soando**, une île située dans le comté de Wando, au sud de la Corée du Sud. La production y a vécu pendant environ trois mois au cours de l’été, afin de comprendre les habitudes de ses habitants plutôt que de débarquer uniquement pour capturer quelques paysages.

La réalisatrice a expliqué dans un entretien accordé à *Variety* qu’elle était arrivée avec une idée finalement assez fausse de l’endroit. Elle imaginait que les habitants d’une île aussi isolée rêvaient probablement de partir. En discutant avec eux, elle a découvert presque l’inverse : beaucoup souhaitaient rester.

Cette découverte a directement influencé Jin.

Le personnage n’est donc pas construit comme une adolescente qui déteste son île et attend désespérément qu’un garçon venu du continent lui offre une porte de sortie. **Jin aime l’endroit où elle vit.** La transformation racontée par le film est plus subtile : elle commence à regarder autrement un monde auquel elle reste profondément attachée.

Cette nuance évite déjà l’un des clichés les plus évidents du récit d’apprentissage rural.

## Les habitants ont eux-mêmes modifié le film

L’immersion de la production ne s’est pas arrêtée aux décors.

Yoon Dan-bi raconte que les habitants invitaient régulièrement les acteurs et techniciens à manger, leur faisaient découvrir leur quotidien et leur donnaient accès à une réalité qu’un scénario écrit à Séoul ne pouvait pas complètement prévoir.

Certains de ces échanges se sont retrouvés directement dans le film.

Une habitante de l’île apparaît ainsi dans la scène d’ouverture après que d’autres résidents ont affirmé qu’elle était la meilleure chanteuse de la communauté. Une séquence où Jin et Dujae observent simplement des fourmis au bord d’une route est également née de manière improvisée pendant le tournage.

Yoon Dan-bi assume cette façon de travailler. Elle explique écrire ses scénarios en sachant qu’elle les modifiera au contact des lieux, des acteurs et des événements rencontrés pendant la production.

Même la météo a imposé ses propres décisions. L’équipe espérait tourner certaines scènes sous la pluie, mais l’été s’est révélé particulièrement sec. Un typhon a également compliqué le calendrier de tournage, tandis que l’absence de pont vers Soando obligeait parfois les techniciens à transporter leur matériel dans des conditions beaucoup moins simples qu’un tournage urbain.

## Après Moving On, la caméra se rapproche des personnages

Le décor n’est pas la seule différence avec ***Moving On***.

Dans son premier long métrage, Yoon Dan-bi filmait souvent ses personnages avec une certaine distance. La maison du grand-père occupait presque autant de place qu’eux : les corps évoluaient à l’intérieur des pièces, entraient et sortaient du cadre et semblaient constamment définis par l’espace familial qu’ils partageaient.

*The World Before* se rapproche beaucoup plus de Jin.

Cette évolution n’est pas uniquement esthétique. Elle correspond à la nature même du récit. *Moving On* observait une famille en train de se recomposer ; son deuxième film cherche davantage à saisir **la naissance du désir du point de vue d’une adolescente qui ne comprend pas encore complètement ce qui lui arrive**.

Le monde autour de Jin reste calme. Son corps et son regard, beaucoup moins.

Cette proximité donne également au paysage une fonction différente. L’île n’est pas filmée comme une succession de panoramas destinés à montrer au spectateur à quel point la Corée insulaire est belle. Elle constitue l’environnement quotidien de Jin, suffisamment familier pour qu’elle ne pense même plus à le regarder — jusqu’à ce que Dujae revienne.

C’est précisément ce déplacement qui intéresse Yoon Dan-bi : la manière dont un sentiment nouveau peut donner l’impression qu’un endroit pourtant inchangé vient lui-même de se transformer.

## Moving On racontait déjà un été de bascule

Le rapprochement entre les deux films reste néanmoins évident.

***Moving On*** suivait Ok-ju, 17 ans elle aussi, son petit frère et leur père, contraints de s’installer chez leur grand-père pendant l’été. Leur tante finissait par rejoindre la maison, donnant naissance à une petite communauté familiale faite de tensions, de silences et de gestes quotidiens.

Le Festival des 3 Continents décrivait à l’époque le film comme une observation délicate d’une famille en recomposition. Yoon Dan-bi y privilégiait déjà les événements modestes plutôt que les grandes démonstrations dramatiques. [Le festival nantais, où *Moving On* a remporté la Montgolfière d’Or ex æquo en 2020, conserve sa présentation complète du film](https://www.3continents.com/fr/film/moving-on/?ref=dernier-rush.fr).

*The World Before* déplace cette sensibilité.

La famille ne disparaît pas, mais la question centrale devient davantage celle du désir, de la séparation et de la naissance d’une identité qui ne peut plus être entièrement définie par le lieu où l’on a grandi.

Là où *Moving On* observait essentiellement comment plusieurs personnes continuaient à vivre ensemble malgré leurs fractures, *The World Before* semble regarder **le moment où l’on commence à devenir capable de partir**.

## Sim Su-bin porte presque entièrement le film

Yoon Dan-bi a confié Jin à **Sim Su-bin**.

La jeune actrice avait notamment joué dans le film indépendant *En Route To* et dans la série *Teach You a Lesson*. *The World Before* lui offre cependant un rôle d’une tout autre ampleur puisque le film s’organise largement autour de sa perception du monde.

Face à elle, **Kim Eo-jin** interprète Dujae. Il avait notamment été vu dans le drama adolescent *Fragile* en 2024.

Le choix de deux visages encore relativement peu identifiés internationalement correspond bien à la nature du projet. Le film ne repose pas sur une vedette chargée de porter commercialement l’histoire, mais sur la capacité des deux acteurs à rendre crédible une relation qui évolue dans les détails.

Yoon Dan-bi s’intéresse notamment à cette période étrange où l’on cherche volontairement la présence de quelqu’un tout en étant encore incapable de formuler pourquoi.

Les premières critiques issues des projections professionnelles de Toronto insistent d’ailleurs sur cette gêne adolescente et sur la manière dont le film laisse les sentiments se construire à travers des conversations et des gestes apparemment insignifiants plutôt que par de grandes déclarations.

## Toronto constitue déjà une étape importante pour Yoon Dan-bi

*The World Before* n’a pas été placé dans une simple section périphérique du TIFF.

Le film fait partie de **Platform**, compétition créée pour mettre en avant des réalisateurs possédant une identité formelle particulièrement affirmée. Douze films ont été sélectionnés cette année et sont évalués par un jury professionnel.

Yoon Dan-bi devient seulement la deuxième cinéaste sud-coréenne à y présenter un long métrage après Yoon Ga-eun avec *The World of Love* en 2025.

Cette sélection intervient alors que le cinéma sud-coréen occupe une place particulièrement visible dans les grands festivals de 2026\. Lee Chang-dong vient notamment de revenir huit ans après *Burning* avec *Possible Love*, passé par Venise avant Toronto et San Sebastián. Dernier Rush revient également sur [le parcours international de *Possible Love* et la décision de Netflix de remettre les six précédents films de Lee Chang-dong en circulation](https://www.dernier-rush.fr/netflix-va-remettre-les-six-films-de-lee-chang-dong-en-circulation-avant-possible-love/).

Les deux cinéastes se trouvent évidemment à des moments très différents de leur carrière. Lee Chang-dong revient avec le poids de plusieurs décennies de cinéma derrière lui ; Yoon Dan-bi n’en est encore qu’à son deuxième long métrage.

Mais leur présence simultanée permet aussi de mesurer la diversité actuelle du cinéma coréen montré sur le circuit international.

## Le film repart presque immédiatement pour San Sebastián

Toronto n’est que la première étape.

*The World Before* est également sélectionné à **San Sebastián**, dans la section New Directors. Le festival espagnol le référence officiellement comme une coproduction entre **la Corée du Sud, le Japon et la France**, d’une durée de **115 minutes**.

Les structures Cheonggwa, Humanité Co. et la société française Comme des Cinémas figurent parmi les producteurs et coproducteurs. M-Appeal assure les ventes internationales.

Le film concourra notamment pour le Kutxabank-New Directors Award, prix destiné aux nouveaux cinéastes.

Ce retour possède aussi une dimension symbolique : *Moving On* avait déjà été montré à San Sebastián en 2020\. Six ans plus tard, Yoon Dan-bi y revient avec une œuvre engagée directement dans la compétition consacrée aux réalisateurs émergents.

Le TIFF reste également très présent sur Dernier Rush cette semaine : [*The Last Photograph* de Zack Snyder y a lui aussi fait sa première mondiale](https://www.dernier-rush.fr/the-last-photograph-tout-ce-quon-sait-du-nouveau-film-de-zack-snyder/), mais dans un registre évidemment à l’opposé de l’intimité recherchée par Yoon Dan-bi.

## The World Before sortira en Corée du Sud en 2027

Après son parcours en festivals, la première sortie commerciale déjà identifiée concerne son pays d’origine.

Le Korean Film Council classe actuellement *The World Before* dans la catégorie **« Preparing for Release »**, tandis que son distributeur coréen At 9 Film prévoit une sortie en salles en **2027**. Aucune date plus précise n’est encore annoncée.

En France, la situation est moins avancée.

AlloCiné référence déjà le film comme « prochainement en salle » et confirme sa durée de 1 h 55, son casting ainsi que ses nationalités sud-coréenne, japonaise et française. **Aucun distributeur français ni aucune date de sortie ne sont toutefois renseignés pour le moment.**

La présence d’un coproducteur français ne garantit évidemment pas à elle seule une sortie en salles dans l’Hexagone.

Le parcours entre Toronto et San Sebastián sera donc également important sur le plan commercial : ces festivals permettent au vendeur M-Appeal de présenter le film aux distributeurs susceptibles de l’acquérir territoire par territoire.

## Un film sur le moment où un lieu familier cesse de l’être

Réduire *The World Before* à « une histoire de premier amour sur une île » passerait finalement à côté de ce que Yoon Dan-bi semble réellement chercher.

Dujae n’arrive pas simplement pour devenir le petit ami potentiel de Jin.

Son retour agit comme un déplacement de perspective.

Jin découvre que les routes qu’elle emprunte depuis son enfance peuvent mener quelque part qu’elle n’avait jamais imaginé. La mer qui entourait son île sans qu’elle y pense devient soudain une frontière. Les personnes qu’elle connaissait semblent différentes parce qu’elle-même ne les regarde plus de la même manière.

Et c’est peut-être là que le titre *The World Before* prend tout son sens.

Il existe un monde « d’avant » non pas parce qu’un événement spectaculaire l’a détruit, mais parce qu’une adolescente commence à comprendre qu’elle ne pourra jamais retrouver exactement le regard qu’elle portait sur lui auparavant.

Après avoir filmé dans *Moving On* une famille qui essayait de continuer à tenir ensemble pendant un été, Yoon Dan-bi observe cette fois le moment inverse : celui où grandir commence nécessairement par créer une distance.

Jin n’a encore jamais quitté son île.

À partir de cet été-là, pourtant, elle ne pourra plus jamais y vivre tout à fait de la même façon.