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President Curtis : pourquoi le spin-off de Rick et Morty mérite vraiment le détour

President Curtis : pourquoi le spin-off de Rick et Morty mérite vraiment le détour

Un président américain qui doit négocier avec des monstres, enquêter sur le Triangle des Bermudes et gérer les secrets les plus absurdes de l’histoire des États-Unis : sur le papier, President Curtis pourrait facilement passer pour un simple dérivé de Rick et Morty. Pourtant, la nouvelle série de Dan Harmon et James Siciliano trouve rapidement sa propre identité. Plus terrestre, moins nihiliste et étonnamment attachante, elle fait partie des nouveautés animées de 2026 qui méritent qu’on lui laisse sa chance.

Il fallait être assez confiant pour transformer President Andre Curtis, personnage secondaire apparu pour la première fois dans Rick et Morty en 2015, en héros de sa propre série.

Pendant plus de dix ans, Curtis avait surtout servi de contrepoids à Rick Sanchez : puissant sur le papier puisqu’il dirige les États-Unis, mais régulièrement dépassé par un scientifique capable de changer de dimension, de ressusciter ou de détruire une planète avant le déjeuner.

President Curtis part précisément de cette frustration.

Que se passe-t-il dans le monde lorsque Rick estime qu’une menace n’est tout simplement pas assez importante pour mériter son attention ?

La réponse est une comédie de science-fiction située à la Maison-Blanche, dans laquelle Andre Curtis et son équipe doivent gérer monstres, conspirations, phénomènes paranormaux, crises diplomatiques interdimensionnelles et bizarreries historiques. Adult Swim résume officiellement le concept comme les crises dont Rick Sanchez « ne prendrait jamais la peine de s’occuper ».

Et c’est justement cette limitation qui rend la série intéressante.

Ce n’est pas simplement Rick et Morty sans Rick et Morty

Visuellement, impossible de nier la filiation.

L’animation, le rythme, certaines créatures et l’absurdité générale rappellent immédiatement Rick et Morty. Dan Harmon est d’ailleurs coconcepteur de la série avec James Siciliano, scénariste et producteur de longue date de la série mère.

Mais President Curtis fonctionne sur une logique presque inverse.

Dans Rick et Morty, Rick est si puissant que les règles ordinaires finissent souvent par ne plus avoir beaucoup d’importance. Il peut traverser les dimensions, contourner la mort et fabriquer une technologie capable de résoudre pratiquement n’importe quelle situation.

Curtis, lui, doit vivre avec les conséquences de ses décisions.

Dan Harmon explique que la série s’impose volontairement plusieurs limites : pas de pistolet à portails permettant de fuir instantanément, pas de voyage dans le temps pour annuler une erreur et surtout une mort qui reste réellement une mort. James Siciliano estime que ces contraintes permettent d’apporter des enjeux plus concrets aux aventures.

Ce changement paraît minime, mais il modifie profondément le ton.

Lorsque quelque chose menace Washington dans President Curtis, le héros ne peut pas simplement changer d’univers.

Il doit régler le problème.

Une sorte de X-Files complètement détraqué à la Maison-Blanche

C’est probablement la meilleure manière de décrire la série.

James Siciliano cite directement X-Files et National Treasure parmi les inspirations ayant permis de construire cet univers.

À cela, il faut ajouter une bonne dose de satire politique et de comédie de bureau.

Un épisode peut commencer avec le monstre du Loch Ness retrouvé mort sur une plage, avant d’envoyer l’administration enquêter sur une prison secrète située dans le Triangle des Bermudes.

Un autre part d’un paragraphe caché dans l’acte de vente de la Louisiane pour transformer un morceau d’histoire américaine en course géopolitique absurde.

Puis Curtis peut simplement se rendre à Camp David pour se demander s’il mérite vraiment de briguer un second mandat.

C’est là que President Curtis trouve son meilleur terrain de jeu.

La série ne voyage pas constamment vers des réalités totalement nouvelles. Elle prend plutôt les mythes, les conspirations et l’histoire des États-Unis pour leur ajouter une explication surnaturelle complètement absurde.

Le résultat ressemble parfois à une version animée et déjantée de X-Files, avec le gouvernement américain obligé d’admettre que toutes les théories les plus improbables étaient peut-être vraies depuis le début.

La série est beaucoup moins nihiliste que Rick et Morty

C’est également l’une de ses différences les plus agréables.

Rick et Morty peut être extrêmement drôle, mais son humour repose souvent sur l’idée que l’univers est gigantesque, que l’existence humaine est insignifiante et que, dans un multivers infini, presque tout peut être remplacé.

President Curtis est beaucoup moins désabusée.

Dan Harmon résume la différence par une question : là où Rick et Morty peut partir du principe que rien n’a vraiment d’importance, Curtis est obligé de considérer que tout compte, parce que son travail consiste précisément à protéger des gens.

Cela ne transforme évidemment pas la série en programme optimiste pour enfants.

Curtis reste égocentrique, susceptible, parfois irresponsable et beaucoup trop convaincu d’être un héros d’action.

Mais il essaie réellement de faire son travail correctement.

Cette nuance rend le personnage beaucoup plus attachant lorsqu’il devient protagoniste.

TheWrap a d’ailleurs relevé cette tonalité plus chaleureuse et moins nihiliste, tandis que The A.V. Club estime que le contraste entre les responsabilités extraordinaires de Curtis et ses problèmes très humains constitue une grande partie de l’intérêt de la série.

Keith David transforme Curtis en véritable personnage principal

Le principal argument de President Curtis reste cependant Keith David.

Sa voix grave donnait déjà une énorme présence au personnage lorsqu’il apparaissait quelques minutes dans Rick et Morty. En lui donnant désormais vingt minutes entières, la série peut exploiter beaucoup plus largement le contraste entre son autorité naturelle et l’absurdité de ce qu’il raconte.

Curtis peut prononcer une déclaration présidentielle avec un sérieux absolu avant de partir combattre une créature mythologique quelques secondes plus tard.

Et Keith David joue constamment le personnage comme s’il était réellement le héros d’un thriller politique extrêmement sérieux.

C’est précisément ce décalage qui fonctionne.

À 70 ans, l’acteur possède derrière lui plus de quatre décennies de carrière et des centaines de rôles, de The Thing à Platoon, They Live, Community ou encore Nope. President Curtis constitue pourtant l’un de ses rares véritables premiers rôles principaux à la télévision.

Dan Harmon reconnaît lui-même que l’envie de continuer à utiliser Curtis dans Rick et Morty venait en grande partie du plaisir d’écrire pour Keith David.

La décision de construire finalement une série entière autour de lui paraît beaucoup plus évidente une fois les premiers épisodes vus.

Banks et O’Doyle empêchent la série de reposer uniquement sur Curtis

Bonne idée également : ne pas faire du président le seul moteur comique.

Deux nouveaux personnages l’accompagnent principalement.

Roe Banks, doublée par Stephanie Beatriz, est sa cheffe de cabinet. Elle possède un cerveau augmenté par un ordinateur, ce qui fait d’elle une sorte de contrepoids plus rationnel aux décisions impulsives de Curtis.

À ses côtés se trouve Francis O’Doyle, membre des services secrets interprété par Jim Rash.

Et O’Doyle est… à moitié lutin.

Encore mieux : contrairement aux créatures folkloriques dont il descend, il est incapable de mentir.

Sur le papier, ces caractéristiques pourraient simplement servir de gags.

La série les utilise progressivement pour construire ses personnages.

Siciliano explique que l’objectif était justement de partir d’un noyau très réduit plutôt que remplir immédiatement la Maison-Blanche avec des dizaines de personnages façon À la Maison-Blanche. L'univers doit ensuite s'élargir autour de ce trio.

C’est une bonne décision, car les meilleurs moments de President Curtis ne viennent pas forcément des monstres.

Ils viennent souvent des relations entre trois personnes extrêmement étranges qui doivent malgré tout faire fonctionner le gouvernement américain.

Son univers est absurde, mais suffisamment cohérent pour devenir intéressant

Voilà peut-être ce qui distingue le plus la série d’un simple spin-off opportuniste.

President Curtis commence déjà à construire sa propre mythologie.

Les créateurs expliquent avoir compris le potentiel de cet univers avec l’épisode de Rick et Morty dans lequel apparaissaient notamment un Franklin D. Roosevelt transformé en araignée et un assassin français caché dans la Statue de la Liberté. Ils ont alors réalisé qu’il existait tout un monde terrestre à développer sans avoir besoin de suivre Rick dans le multivers.

La nouvelle série applique cette idée partout.

Les légendes urbaines existent.

Les cryptides peuvent avoir leurs propres institutions.

Certains secrets historiques américains cachent de véritables phénomènes surnaturels.

Les services gouvernementaux savent beaucoup plus de choses qu’ils ne le disent.

Et la Maison-Blanche doit gérer tout cela comme elle gérerait une crise diplomatique ordinaire.

C’est cette cohérence dans l’absurde qui lui donne envie d’être explorée.

Le Financial Times relève justement cette combinaison entre histoire américaine, science-fiction, monstres et références télévisuelles, tandis que la critique de Hyphen voit dans la série une satire de l’exceptionnalisme américain autant qu’une comédie surnaturelle.

La satire politique reste volontairement plus large que l’actualité immédiate

Avec un président américain comme héros en 2026, on pourrait s’attendre à une satire permanente de la politique américaine actuelle.

Ce n’est pas vraiment le choix de la série.

Andre Curtis était à l’origine vaguement inspiré de Barack Obama, avant d’intégrer au fil de ses apparitions certains traits associés à différents présidents américains.

Mais President Curtis évite largement de transformer chaque épisode en commentaire direct sur l’administration actuellement au pouvoir.

La satire vise plutôt la présidence américaine elle-même : son obsession pour l’image, sa puissance, son rapport au secret, le patriotisme et la conviction que les États-Unis se trouvent forcément au centre de chaque événement mondial.

C’est probablement une bonne décision pour la longévité de la série.

Un programme construit uniquement autour de références politiques extrêmement datées aurait rapidement vieilli.

Ici, le président peut être ridicule sans être une caricature directe d’une seule personnalité réelle.

Pas besoin d’avoir vu les neuf saisons de Rick et Morty

C’est une question importante pour une recommandation.

Et la réponse est plutôt rassurante : non, il n’est pas nécessaire de connaître Rick et Morty sur le bout des doigts.

Rick et Morty apparaissent brièvement au début, et les spectateurs de la série originale comprendront évidemment mieux pourquoi Curtis possède une relation aussi particulière avec Rick Sanchez.

Mais l’histoire bascule rapidement vers son propre groupe de personnages et ses propres règles.

Les créateurs ont justement expliqué vouloir développer un univers qui puisse exister sans énormément chevaucher celui de Rick et Morty.

La série sera évidemment plus immédiatement familière aux fans.

Mais si vous aimez simplement l’animation adulte, les théories du complot, X-Files, les comédies de bureau ou la science-fiction absurde, il y a suffisamment de matière pour entrer directement par President Curtis.

Les critiques sont positives, même si tout le monde n’est pas convaincu

La réception donne également une assez bonne idée de ce qu’est la série.

Au 25 août 2026, President Curtis affiche 100 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes, sur la base de 17 critiques. Son score public atteint 80 %, avec encore moins de 50 évaluations.

Il faut cependant relativiser ce spectaculaire 100 % : cela signifie que toutes les critiques recensées sont considérées comme positives, pas qu’elles lui attribuent toutes une note parfaite.

Metacritic lui accorde ainsi un Metascore de 66/100, calculé à partir de cinq critiques.

Les avis montrent d’ailleurs assez clairement le débat autour de la série.

The A.V. Club est l’un des plus enthousiastes avec l’équivalent d’un 83/100, tandis que ScreenRant lui donne 70. Variety, IGN et The Hollywood Reporter sont plus réservés avec l’équivalent de 60/100.

La principale critique revient souvent : President Curtis reste encore très proche de l’ADN de Rick et Morty et n’atteint pas immédiatement le niveau de sa série mère.

C’est juste.

Mais ce n’est pas forcément un problème.

Il faut surtout accepter une série plus petite

Si vous cherchez une série qui va immédiatement dépasser Rick et Morty en ambition ou révolutionner l’animation adulte, President Curtis risque de vous laisser sur votre faim.

Son intérêt est ailleurs.

Elle prend volontairement une portion plus petite du même univers et augmente le niveau de détail.

Dan Harmon utilise d’ailleurs exactement cette idée : réduire l’échelle ne signifie pas réduire le nombre d’histoires possibles, mais augmenter leur « résolution ».

Cette philosophie résume parfaitement la série.

Rick peut sauver l’univers.

Curtis doit comprendre pourquoi le monstre du Loch Ness vient de mourir, quelle agence gouvernementale cache quelque chose dans le Triangle des Bermudes et comment éviter qu’un incident surnaturel ne fasse chuter sa popularité dans les sondages.

Les enjeux sont plus petits.

Mais ils sont aussi plus faciles à investir émotionnellement.

Et surtout, la série a déjà le temps de progresser

Autre raison de commencer maintenant : Adult Swim a déjà commandé une saison 2.

Le renouvellement a même été annoncé le 24 juillet 2026, deux jours avant la diffusion du premier épisode, et la production de cette deuxième saison avait déjà commencé.

Cela signifie que President Curtis ne fait pas partie de ces nouvelles séries auxquelles on hésite à s’attacher parce qu’elles pourraient disparaître trois semaines plus tard.

Les scénaristes ont déjà la possibilité de développer davantage Banks, O’Doyle, la Maison-Blanche et toute la mythologie surnaturelle américaine installée dans cette première saison.

Pour une série qui commence justement par un petit noyau de personnages afin d’élargir progressivement son monde, cette sécurité est importante.

Alors, est-ce que President Curtis vaut le coup ?

Oui, surtout si vous aimez Rick et Morty mais que vous avez envie de quelque chose d’un peu moins cynique et plus structuré.

Ce n’est pas Rick et Morty 2.

Et c’est précisément pour cela que la série fonctionne mieux qu’on aurait pu le craindre.

Elle conserve la rapidité des dialogues, les monstres grotesques, la science-fiction absurde et l’imagination de l’univers original, mais leur ajoute des règles, des conséquences et un protagoniste qui a réellement intérêt à sauver le monde dans lequel il vit.

Keith David est excellent dans le rôle, Stephanie Beatriz et Jim Rash donnent rapidement au programme sa propre dynamique, et le mélange entre X-Files, satire présidentielle, conspirations américaines et comédie de bureau suffit à distinguer progressivement la série de sa grande sœur.

Elle n’est pas parfaite. Certains épisodes restent plus amusants qu’inventifs, et plusieurs critiques estiment qu’elle vit encore trop dans l’ombre de Rick et Morty.

Mais pour une première saison, la base est étonnamment solide.

Et surtout, President Curtis comprend quelque chose d’essentiel : dans un univers où Rick Sanchez peut pratiquement tout faire, le personnage le plus intéressant à suivre est peut-être celui qui ne peut pas tricher avec les règles.

Où regarder President Curtis en France ?

President Curtis est disponible en France sur HBO Max depuis le 27 juillet 2026. La première saison compte 10 épisodes d’environ 20 à 22 minutes, diffusés à raison d’un nouvel épisode chaque semaine.

Au 25 août, cinq épisodes sont disponibles, la saison devant se poursuivre jusqu’à la fin septembre.

Et si vous accrochez aux premières aventures d’Andre Curtis, vous pouvez continuer sans trop craindre une annulation immédiate : la saison 2 est déjà commandée et en production.

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