Sur le papier, President Curtis pouvait n’être qu’un dérivé de plus de Rick et Morty. En réalité, la série de Dan Harmon et James Siciliano trouve très vite sa propre identité, en transformant la Maison-Blanche en une sorte de X-Files complètement déjanté. Elle est un peu plus sage que la série mère, mais c’est justement ce qui lui permet d’exister à côté. Je lui mets 9/10.
Un spin-off qui trouve vite sa propre identité : une sorte de X-Files déjanté à la Maison-Blanche, avec un O’Doyle irrésistible.
- Format10 épisodes de 22 min
- GenreAnimation · comédie
- Où la voirHBO Max
vous aimez les conspirations, les mythes américains détournés et l’humour absurde.
vous attendez la folie totale de Rick et Morty : la série est plus sage.
Si vous avez aimé : Rick et Morty, X-Files, Solar Opposites
De quoi parle President Curtis ?
Andre Curtis, le président des États-Unis doublé par Keith David, est apparu pour la première fois dans Rick et Morty en 2015, où il servait surtout de faire-valoir à Rick : puissant sur le papier, mais toujours dépassé par un scientifique capable de changer de dimension avant le déjeuner. La série part de cette frustration et pose une question simple : que se passe-t-il quand une menace n’est pas assez importante pour que Rick s’en occupe ? Curtis et son équipe doivent alors gérer eux-mêmes monstres, conspirations, phénomènes paranormaux et bizarreries historiques. Adult Swim résume le concept comme les crises dont Rick Sanchez « ne prendrait jamais la peine de s’occuper ».
Ce qui m’a plu
Une vraie identité, pas un Rick et Morty bis
Visuellement, la filiation est évidente : l’animation, le rythme et l’absurdité rappellent immédiatement la série mère. Mais President Curtis fonctionne presque à l’envers. Rick est si puissant que les règles finissent souvent par ne plus compter, alors que Curtis doit vivre avec les conséquences de ses choix. Dan Harmon explique que la série s’impose des limites : pas de pistolet à portails pour fuir, pas de voyage dans le temps pour annuler une erreur, et une mort qui reste une mort. Ces contraintes changent tout. Quand quelque chose menace Washington, Curtis ne peut pas changer d’univers, il doit régler le problème, et ça donne aux aventures de vrais enjeux.
Le côté X-Files
C’est ce que je préfère dans la série. James Siciliano cite X-Files et Benjamin Gates parmi ses inspirations, et ça se sent : au lieu de voyager vers des réalités inconnues, la série prend les mythes, les légendes urbaines et l’histoire des États-Unis, et leur invente une explication surnaturelle complètement absurde. Un épisode peut commencer par le monstre du Loch Ness retrouvé mort sur une plage, avant d’envoyer l’administration enquêter sur une prison secrète dans le Triangle des Bermudes. Un autre part d’un paragraphe caché dans l’acte de vente de la Louisiane pour lancer une course géopolitique délirante. On a l’impression que le gouvernement américain doit admettre, épisode après épisode, que toutes les théories du complot les plus improbables étaient vraies.
Moins désabusée que Rick et Morty
Là où Rick et Morty part souvent du principe que rien n’a vraiment d’importance dans un multivers infini, Curtis est obligé de considérer que tout compte, parce que son travail est de protéger des gens. Ça ne fait pas de la série un programme gentillet : Curtis reste égocentrique, susceptible et beaucoup trop persuadé d’être un héros d’action. Mais il essaie vraiment de bien faire, et ça le rend attachant. Keith David le joue d’ailleurs avec un sérieux absolu, comme dans un thriller politique, ce qui rend chaque situation absurde encore plus drôle.
O’Doyle, le personnage qui vole la vedette
Le personnage qui m’a le plus marqué, c’est Francis O’Doyle, l’agent des services secrets doublé par Jim Rash. Il est à moitié lutin et, contrairement aux créatures dont il descend, totalement incapable de mentir. Sur le papier, c’est un gag, mais la série en fait un vrai personnage, et son honnêteté forcée dans un monde politique fait de secrets et de demi-vérités donne certains des meilleurs moments de la saison. Avec Roe Banks, la cheffe de cabinet doublée par Stephanie Beatriz et dotée d’un cerveau augmenté, il forme autour de Curtis un trio très réussi. James Siciliano explique avoir volontairement démarré avec ce noyau réduit plutôt que de remplir tout de suite la Maison-Blanche de personnages, et c’est une bonne idée : les meilleures scènes viennent souvent de ces trois personnalités étranges qui doivent quand même faire tourner le gouvernement.
Ce qui coince
Mon seul bémol : la série est moins folle que Rick et Morty. En s’imposant des limites et un ton plus chaleureux, elle perd une partie de la démesure et de la méchanceté qui font le sel de la série mère. Pour moi, c’est ce qui lui permet d’avoir sa propre personnalité, mais les fans qui attendent le même niveau de chaos risquent d’être un peu déçus.
Est-ce que ça tient jusqu’au bout ?
Avec dix épisodes d’environ vingt-deux minutes, la saison se regarde très vite et ne s’essouffle pas. Elle commence même à construire sa propre mythologie, avec des cryptides qui ont leurs institutions et des secrets historiques qui cachent de vrais phénomènes surnaturels. On sent un univers qui a de quoi s’élargir.
Pour qui, et quoi regarder ensuite
President Curtis est faite pour ceux qui aiment l’humour absurde, les conspirations et les mythes détournés. Les fans de Rick et Morty y retrouveront l’esprit de la série, en plus posé, et ceux qui ont grandi avec X-Files s’amuseront de voir le gouvernement américain obligé de tout gérer lui-même. Pour revenir à la série mère, lisez pourquoi Fear No Mort est un épisode essentiel de Rick et Morty. Et pour une autre comédie qui mise sur ses personnages, jetez un œil à notre avis sur Adults.
Infos pratiques
- Format : 10 épisodes d’environ 22 minutes
- Plateforme : HBO Max
- Création : Dan Harmon et James Siciliano
- Voix originales : Keith David, Stephanie Beatriz, Jim Rash