Le premier long métrage réalisé par Residente prend des dimensions de plus en plus impressionnantes. Alors que le tournage de Porto Rico est désormais en cours en République dominicaine, onze nouveaux acteurs viennent de rejoindre Bad Bunny, Viggo Mortensen, Edward Norton et Javier Bardem au casting. Parmi eux figure Richard Gadd, créateur et acteur principal de Mon petit renne, accompagné notamment de Daniel Brühl, Rubén Blades, Rhenzy Feliz et Ismael Cruz Córdova.
L’annonce transforme encore un peu plus ce qui ressemblait déjà à un projet particulièrement ambitieux. René Pérez Joglar, mondialement connu sous le nom de Residente, ne choisit pas une petite production pour découvrir la réalisation de fiction. Son premier long métrage sera un western caribéen historique consacré à une période déterminante de l’histoire de Porto Rico, porté par une distribution internationale et photographié par Anthony Dod Mantle, oscarisé pour Slumdog Millionaire.
Le tournage n’a toutefois pas commencé cette semaine comme pourraient le laisser entendre certaines reprises de l’annonce. Residente avait déjà confirmé la première prise de vues le 31 août 2026, en publiant une photographie de la première claquette depuis la République dominicaine. La véritable actualité du 17 septembre est l’officialisation d’une nouvelle vague de onze acteurs au moment où la production est désormais pleinement lancée.
Et derrière cette spectaculaire succession de noms se cache surtout un film beaucoup plus politique que son casting pourrait le laisser penser.
Richard Gadd fait partie des onze nouveaux acteurs de Porto Rico
Richard Gadd constitue naturellement l’un des noms les plus remarqués de cette nouvelle annonce.
Après le phénomène Baby Reindeer — Mon petit renne en France — et son travail télévisé plus récent, le comédien et scénariste écossais rejoint pour la première fois un projet construit autour de l’histoire portoricaine.
Son rôle n’est pas encore révélé.
C’est également le cas de la plupart des nouveaux acteurs annoncés. La production confirme la présence de Richard Gadd, Rhenzy Feliz, Ismael Cruz Córdova, Daniel Brühl, Rubén Blades, Alberto Guerra, Marcel Ruiz, Arian Cartaya, Óscar Jaenada, Carmen Machi et Luis Tosar.
Cette liste suffit déjà à montrer l’ampleur internationale recherchée par Residente.
Ismael Cruz Córdova est lui-même portoricain et s’est fait connaître mondialement avec Le Seigneur des anneaux : Les Anneaux de pouvoir. Rubén Blades apporte une autre figure majeure de la culture latino-américaine, tandis que Daniel Brühl, Carmen Machi, Luis Tosar et Óscar Jaenada donnent au film une forte présence européenne et hispanophone.
Rhenzy Feliz poursuit de son côté une période particulièrement chargée après The Penguin et How to Rob a Bank.
Aucun de ces rôles n’étant actuellement détaillé, il serait prématuré de chercher à reconstituer l’intrigue à partir du casting.
Bad Bunny tient son premier véritable rôle principal au cinéma
Au centre de l’ensemble reste toutefois Benito Antonio Martínez Ocasio, Bad Bunny.
Le musicien a déjà joué au cinéma, notamment dans Bullet Train et Caught Stealing, mais Porto Rico marque son premier rôle principal dans un long métrage. C’est ainsi que le projet était officiellement présenté lors de son annonce en février par Live Nation Studios. Lire l’annonce initiale officielle de Porto Rico.
Son personnage exact n’est pas encore décrit publiquement dans le communiqué de production, même si plusieurs bases et médias rapprochent le récit de José Maldonado Román, dit Águila Blanca, figure révolutionnaire de la fin du XIXe siècle.
La production reste pour l’instant plus prudente et présente le film comme un western caribéen épique inspiré de faits réels, consacré aux origines et à l’histoire coloniale de Porto Rico.
Cette prudence est importante : tant que Residente ou les producteurs ne publient pas un synopsis complet attribuant officiellement les personnages à chaque acteur, mieux vaut ne pas transformer les informations disponibles en certitudes.
Une chose ne fait cependant aucun doute : Bad Bunny se retrouve au centre d’une histoire intimement liée à son île natale.
Son arrivée dans ce projet prolonge d’ailleurs un mouvement plus large chez plusieurs artistes portoricains qui cherchent désormais à développer davantage de projets cinématographiques liés à leur culture. Dernier Rush revenait récemment sur la volonté de Ricky Martin de travailler davantage dans le cinéma latino-américain, un entretien dans lequel il citait justement Bad Bunny parmi les figures d’une nouvelle génération.
Avec Porto Rico, cette ambition devient particulièrement concrète.
De quoi parlera réellement Porto Rico ?
Le film se déroule autour d’un moment fondamental de l’histoire portoricaine : 1898.
Jusque-là colonie espagnole, Porto Rico passe sous contrôle américain à la suite de la guerre hispano-américaine. Le traité de Paris signé en décembre 1898 met officiellement fin au conflit et entraîne notamment la cession de Porto Rico aux États-Unis.
C’est dans cette période de bascule que Residente inscrit son récit.
Le cinéaste a développé le projet à partir de recherches consacrées à l’histoire de son île, en particulier aux années qui suivent la fin de la domination espagnole et au nouvel ordre imposé par les États-Unis.
Le résultat n’est pas annoncé comme un documentaire historique.
Porto Rico est une fiction inspirée de faits réels, construite avec les codes du western.
Residente a notamment évoqué les groupes armés et les bouleversements sociaux qui accompagnent cette transition. L’enjeu est donc de raconter une histoire de personnages au milieu d’une transformation politique beaucoup plus vaste : une île change officiellement de puissance coloniale alors que ses habitants cherchent encore à définir ce que peut signifier leur propre identité nationale.
Cette approche explique également le titre.
Pourquoi le film s’appelle Porto Rico et non Puerto Rico
Une seule lettre disparaît.
Et pour Residente, cette différence résume précisément une partie de son film.
Dans un message publié au début du tournage, il présente Porto Rico comme « Puerto Rico vu à travers les yeux du nouveau colonisateur ». Il explique que la perte d’une lettre symbolise plus largement la perte de contrôle sur son propre nom et sur la manière dont un territoire est désigné par une puissance extérieure.
Le titre ne constitue donc pas une stylisation destinée à différencier le film du territoire réel.
Il appartient directement à son propos.
Residente veut raconter l’histoire de Porto Rico à un moment où l’île change de domination sans avoir elle-même décidé de la manière dont cette transition devait se produire.
C’est cette idée qui donne au projet une dimension beaucoup plus importante qu’un simple western tourné dans les Caraïbes.
Le cinéaste n’utilise pas le genre pour éloigner son récit de la réalité historique. Il semble au contraire s’en servir pour replacer l’histoire portoricaine dans un langage cinématographique extrêmement reconnaissable : conquête territoriale, violence, changement de pouvoir, groupes armés et naissance d’un nouvel ordre.
Residente écrit son premier film avec le scénariste de Birdman
Pour son premier scénario de long métrage, Residente ne travaille pas seul.
Il a coécrit Porto Rico avec Alexander Dinelaris, scénariste récompensé à l’Oscar pour Birdman d’Alejandro González Iñárritu.
Le projet possède d’ailleurs un autre lien important avec ce film : Edward Norton, qui figurait au casting de Birdman, est à la fois acteur et producteur de Porto Rico.
Norton avait déjà accompagné l’annonce initiale en expliquant voir dans le film une tradition comparable à celle d’œuvres comme Le Parrain ou Gangs of New York : de grands récits de personnages capables de confronter simultanément le public à une partie moins racontée de l’histoire américaine.
La comparaison fixe une ambition élevée.
Residente ne cherche manifestement pas uniquement à reproduire un moment historique avec de beaux costumes et quelques scènes de bataille.
Il veut construire une grande fiction capable de fonctionner pour quelqu’un qui ne connaît presque rien à Porto Rico tout en donnant une autre place à une histoire rarement traitée à cette échelle par Hollywood.
Javier Bardem, Edward Norton et Viggo Mortensen étaient déjà annoncés
Avant l’arrivée de Richard Gadd et des dix autres nouveaux acteurs, Porto Rico possédait déjà une distribution particulièrement impressionnante.
Viggo Mortensen, Edward Norton et Javier Bardem avaient été officialisés aux côtés de Bad Bunny dès le mois de février.
Là encore, leurs personnages sont gardés secrets.
La présence de Bardem attire forcément l’attention côté français et européen. L’acteur espagnol enchaîne actuellement plusieurs projets très différents et reste notamment attendu dans Bunker, le nouveau film de Florian Zeller.
Dernier Rush revenait d’ailleurs sur les premières critiques de Bunker, qui saluaient largement Javier Bardem et Penélope Cruz malgré un accueil beaucoup plus sévère réservé au film.
Porto Rico lui offre un terrain radicalement différent : un western historique caribéen conçu principalement en espagnol et consacré aux conséquences d’un changement de puissance coloniale.
Edward Norton occupe quant à lui une place beaucoup plus large dans la fabrication du projet puisqu’il intervient également comme producteur via Class 5 Films.
Alejandro González Iñárritu est également impliqué
Le prestige de la production ne s’arrête pas à son casting.
Alejandro González Iñárritu fait partie des producteurs exécutifs du long métrage, aux côtés notamment de Scott Budnick et 1Community, Mike et Sukey Novogratz, José E. Feliciano, Kwanza Jones, Henry R. Muñoz III et Noah Assad.
Residente et Erick Douât produisent via 1868 Studios, tandis qu’Edward Norton, Bill Migliore et Michael Bederman représentent Class 5 Films.
Live Nation Studios fait également partie des partenaires du projet.
La photographie a été confiée à Anthony Dod Mantle, dont le travail sur Slumdog Millionaire lui avait valu l’Oscar de la meilleure photographie. Il a également travaillé sur 28 jours plus tard, Rush, Snowden ou encore plusieurs films de Lars von Trier.
Pour un réalisateur débutant au cinéma, Residente s’est donc entouré d’une équipe particulièrement expérimentée.
Le tournage se déroule en République dominicaine, pas à Porto Rico
C’est l’un des aspects les plus sensibles entourant le film.
Une production consacrée à l’histoire et à l’identité portoricaines n’est finalement pas principalement tournée à Porto Rico, mais en République dominicaine.
Residente affirme que son intention initiale était bien de tourner sur son île.
Dans ses déclarations accompagnant les premières images du plateau, il a directement mis en cause le gouvernement portoricain, estimant que les conditions avaient rendu le tournage impossible et promettant d’expliquer ultérieurement plus précisément ce qui s’était passé.
Des médias portoricains ont relié le différend à la question des incitations fiscales destinées aux productions audiovisuelles, mais tous les détails du désaccord n’ont pas été rendus publics.
Il faut donc conserver une distinction nette entre les faits et les accusations.
Le fait établi est que la production est installée en République dominicaine.
Residente affirme de son côté que le film aurait pu être tourné à Porto Rico et que l’action du gouvernement l’en a empêché.
Il a publiquement remercié la République dominicaine d’avoir accueilli l’équipe.
Le paradoxe n’a évidemment rien d’anecdotique pour un film consacré à la question du contrôle d’un territoire et de son identité.
Le tournage avait déjà commencé le 31 août
Autre correction nécessaire : l’annonce des onze nouveaux acteurs ne correspond pas exactement au premier jour de tournage.
Residente avait déjà publié le 31 août une photographie de la claquette annonçant la première scène du film, sous sa direction et celle d’Anthony Dod Mantle à la photographie.
Le 17 septembre marque plutôt une nouvelle phase de communication autour d’une production déjà active.
Residente a publié des images supplémentaires du tournage, officialisé la présence de plusieurs nouveaux acteurs et décrit Porto Rico comme le projet artistique « le plus complexe » de sa carrière.
Cette chronologie est importante pour ne pas créer artificiellement une « breaking news » là où l’information réelle est différente.
Le film n’entre pas aujourd’hui en production.
Il élargit aujourd’hui considérablement son casting alors que les caméras tournent déjà depuis plusieurs semaines.
Bad Bunny, Richard Gadd, Daniel Brühl… un casting devenu immense
Avec cette nouvelle vague, Porto Rico dispose désormais d’un ensemble rarement réuni autour d’un premier film.
Bad Bunny, Viggo Mortensen, Edward Norton et Javier Bardem formaient déjà une affiche prestigieuse.
Viennent maintenant s’ajouter Richard Gadd, Rhenzy Feliz, Ismael Cruz Córdova, Daniel Brühl, Rubén Blades, Alberto Guerra, Marcel Ruiz, Arian Cartaya, Óscar Jaenada, Carmen Machi et Luis Tosar.
La variété des profils est presque aussi intéressante que leur notoriété.
Des acteurs portoricains et latino-américains côtoient des interprètes espagnols, allemands, britanniques et américains.
Cette diversité paraît cohérente avec une période historique où Porto Rico se trouve précisément au croisement de plusieurs puissances et influences.
Reste maintenant à savoir comment Residente distribuera réellement ces figures autour du personnage interprété par Bad Bunny.
Aucune date de sortie n’est encore annoncée
Malgré l’avancement du tournage, Porto Rico n’a toujours aucune date de sortie officielle.
Aucun calendrier français n’est annoncé non plus.
UTA Independent Film Group représente les ventes internationales du film, ce qui signifie que sa distribution pourra être structurée progressivement selon les territoires.
Il serait donc prématuré d’annoncer une sortie en 2027 ou 2028 simplement à partir du calendrier de production.
Même chose concernant un festival.
Avec un tel casting, Iñárritu à la production exécutive et un sujet historique aussi ambitieux, il serait facile d’imaginer Porto Rico viser Cannes, Venise, Toronto ou un autre grand rendez-vous international. Mais aucune sélection n’existe aujourd’hui.
La seule certitude concerne la production : le film est désormais réellement en train d’être tourné.
Porto Rico ressemble déjà à beaucoup plus qu’un projet de musicien passé au cinéma
C’est finalement ce que cette nouvelle annonce de casting confirme.
Porto Rico aurait facilement pu être présenté comme « le premier film de Residente avec Bad Bunny ».
Ce serait désormais une description très réductrice.
Le projet rassemble un scénariste oscarisé, un directeur de la photographie oscarisé, Alejandro González Iñárritu à la production exécutive, Edward Norton comme acteur-producteur et une distribution internationale qui comprend désormais Richard Gadd, Javier Bardem, Viggo Mortensen, Daniel Brühl, Rubén Blades ou encore Ismael Cruz Córdova.
Mais cette accumulation de noms n’aurait que peu d’intérêt sans le sujet qui les rassemble.
Residente veut raconter le moment où l’histoire de Porto Rico bascule d’une domination coloniale à une autre, en utilisant les codes d’un western pour replacer l’île au centre d’un récit dont elle a souvent été le décor secondaire.
Le titre lui-même contient déjà cette idée.
Une lettre disparaît.
Un nouveau pouvoir décide comment nommer le territoire.
Et derrière cette modification apparemment minuscule se trouve toute la question que le premier film de Residente semble vouloir poser : qui possède le droit de raconter l’histoire d’un pays, de le définir et même de décider comment il s’appelle ?
Richard Gadd et dix autres acteurs viennent désormais de rejoindre cette histoire.
Les caméras, elles, tournent déjà.