Trois ans après avoir confié l’ensemble de ses futurs films d’animation à Netflix, Skydance change complètement de trajectoire depuis son intégration à Paramount. Les deux groupes viennent de mettre fin à leur accord. Ray Gunn de Brad Bird restera bien sur Netflix, tout comme un futur film inspiré de Jack et le Haricot magique. Mais Cosmic Motors, jusqu’ici destiné au streaming, bascule vers les salles de cinéma en 2027. Un transfert qui illustre surtout la nouvelle priorité de Paramount : remettre beaucoup plus de films sur grand écran.
Un accord important de l’animation américaine vient de prendre fin.
Netflix et Paramount ont confirmé ce lundi 14 septembre qu’ils mettaient un terme à l’accord pluriannuel qui liait Netflix à Skydance Animation, désormais intégré au groupe Paramount.
Dans une déclaration commune transmise à la presse américaine, les deux entreprises expliquent avoir pris cette décision « mutuellement » et assurent qu’elles continueront à travailler ensemble dans le domaine des licences de contenus.
La séparation ne sera toutefois pas immédiate pour tous les projets déjà en développement.
Deux films restent officiellement destinés à Netflix : Ray Gunn de Brad Bird et le projet encore sans titre adapté de Jack et le Haricot magique, réalisé par Rich Moore.
Pour les productions suivantes, en revanche, les règles changent.
Et Cosmic Motors est le premier film à en faire les frais — ou à en profiter, selon le point de vue.
Cosmic Motors abandonne Netflix pour une sortie au cinéma
Le changement le plus concret concerne donc Cosmic Motors.
Le film d’animation est réalisé par John Lasseter, qui dirige toujours Skydance Animation, et coréalisé par Louie del Carmen. Initialement destiné à Netflix dans le cadre de l’ancien accord, il sera finalement distribué dans les salles par Paramount Pictures en 2027.
Aucune date précise n’a encore été communiquée, et aucune sortie française n’est annoncée à ce stade.
Le projet est présenté comme une aventure autour de véhicules futuristes, TheWrap le décrivant comme une sorte de variation spatiale du concept de Cars.
Mais le changement de distributeur compte probablement davantage que son synopsis pour comprendre ce qui se passe chez Paramount.
Il y a encore quelques années, l’objectif de Skydance Animation était précisément de sécuriser une diffusion mondiale immédiate grâce aux plateformes.
Aujourd’hui, sa maison mère veut exactement l’inverse pour certains de ses films : les remettre au cinéma avant de penser au streaming.
En 2023, Netflix devait pourtant accueillir tout le futur de Skydance Animation
Pour mesurer l’ampleur du changement, il faut revenir à octobre 2023.
Netflix annonçait alors un accord pluriannuel avec Skydance Animation particulièrement large. Il ne s’agissait pas simplement d’acheter quelques films au cas par cas : l’intégralité de la liste de longs métrages animés existante du studio devait être proposée exclusivement sur Netflix.
À l’époque, la plateforme présentait notamment Spellbound, le futur projet de Nathan Greno, Ray Gunn ainsi que l’adaptation de Jack et le Haricot magique.
Cette alliance avait elle-même succédé à une précédente collaboration de Skydance Animation avec Apple, qui avait notamment donné naissance à Luck en 2022 et à la série WondLa.
En trois ans, le contexte industriel a cependant profondément changé.
Skydance et Paramount ont fusionné, plaçant directement Skydance Animation à l’intérieur d’un studio disposant de son propre réseau mondial de distribution en salles.
À partir de là, continuer à envoyer automatiquement les nouveaux films du studio chez Netflix devenait beaucoup moins évident.
Paramount veut désormais beaucoup plus de films dans les salles
C’est probablement la véritable raison stratégique derrière cette séparation.
Depuis la prise de contrôle de Paramount par Skydance, David Ellison répète qu’il veut augmenter fortement le nombre de sorties cinéma du groupe.
Paramount est passé d’environ huit films en salles en 2025 à une quinzaine en 2026 et prévoit déjà plus de 15 sorties pour 2027.
L’ambition est encore plus importante si le rapprochement avec Warner Bros. Discovery actuellement en cours finit par être finalisé.
Lors du CinemaCon, Ellison s’est engagé à viser au moins 30 films par an répartis entre Paramount et Warner Bros., avec une véritable sortie cinéma et une fenêtre d’exploitation exclusive d’au moins 45 jours pour chacun d’entre eux.
Il défend depuis plusieurs mois une idée assez claire : pour Paramount, le cinéma doit redevenir le premier endroit où se créent les grandes franchises, avant leur exploitation ultérieure en streaming, en produits dérivés ou dans d’autres médias.
Dans ce contexte, conserver Skydance Animation comme fournisseur quasi exclusif de Netflix avait quelque chose de contradictoire.
Cosmic Motors devient donc l’un des premiers symboles très visibles de cette nouvelle politique.
Netflix avait aussi moins besoin de Skydance qu’en 2023
La rupture n’est cependant pas présentée comme une décision unilatérale de Paramount.
Selon les informations de TheWrap, plusieurs éléments auraient pesé dans la discussion, notamment les conditions financières très favorables à Skydance dans l’accord initial, mais également la montée en puissance de la propre structure d’animation de Netflix.
Et sur ce deuxième point, la situation n’est effectivement plus la même qu’en 2023.
Netflix possède désormais un catalogue d’animation beaucoup plus développé et cherche de plus en plus à produire directement certains longs métrages plutôt que de dépendre uniquement de studios extérieurs.
Le groupe prépare par exemple Charlie vs. the Chocolate Factory, un nouveau film d’animation issu de l’univers de Roald Dahl qui doit bénéficier d’une importante sortie en salles en 2027, ainsi qu’un projet Ghostbusters développé avec Sony Pictures Animation.
S’ajoutent notamment un nouveau film de Chris Williams, réalisateur de Le Monstre des mers, The Buried Giant de Guillermo del Toro, ainsi que des suites prévues pour Leo et KPop Demon Hunters.
Autrement dit, les deux entreprises ont désormais moins besoin l’une de l’autre qu’au moment où leur contrat avait été négocié.
Paramount dispose de son propre circuit de distribution.
Netflix possède une structure d’animation plus étoffée.
La séparation devient donc beaucoup plus logique qu’elle ne l’aurait été trois ans auparavant.
Ray Gunn ne change pas de maison
Tous les projets Skydance ne vont néanmoins pas être rapatriés par Paramount.
Le cas le plus important est celui de Ray Gunn.
Le film de Brad Bird, réalisateur de Ratatouille, Les Indestructibles et Le Géant de fer, restera un film Netflix comme prévu. Les deux groupes l’ont explicitement confirmé dans leur déclaration commune.
Netflix l’a d’ailleurs largement intégré à sa campagne animation 2026.
Présenté au Festival d’Annecy cette année, Ray Gunn est un projet que Brad Bird développe depuis plus de trente ans. Il se déroule dans Metropia, une gigantesque ville futuriste imaginée depuis la perspective des années 1930, où le détective privé Raymond Gunn se retrouve mêlé à une enquête impliquant extraterrestres, meurtre et célébrité médiatique.
Sam Rockwell, Scarlett Johansson et Tom Waits figurent notamment au casting vocal.
Sa sortie mondiale sur Netflix reste fixée au 18 décembre 2026.
Le film bénéficiera également de projections dans certaines salles avant ou autour de sa mise en ligne, Netflix ayant progressivement développé ce type de stratégie pour ses productions les plus prestigieuses.
La fin de l’accord ne remet donc pas en cause un projet déjà très avancé et dont la promotion a commencé depuis plusieurs mois.
Le film Jack et le Haricot magique reste également chez Netflix
Même situation pour le mystérieux projet inspiré de Jack et le Haricot magique.
Le film est réalisé par Rich Moore, connu notamment pour Les Mondes de Ralph et coréalisateur de Zootopie. Il faisait déjà partie des projets annoncés lors de la signature du contrat Netflix-Skydance en 2023.
Paramount et Netflix confirment aujourd’hui qu’il ira lui aussi jusqu’au bout de son développement pour la plateforme.
En revanche, aucune date de sortie officielle n’est encore annoncée.
Après ces deux films, il faudra désormais examiner projet par projet où atterriront les futures productions de Skydance Animation.
TheWrap indique notamment que certains longs métrages actuellement en développement dépendaient directement de l’ancien accord avec Netflix. Leur avenir n’est donc pas nécessairement assuré sous la même forme.
John Lasseter reste bien à la tête de Skydance Animation
La rupture relance également une autre question : qu’adviendra-t-il de Skydance Animation au sein de Paramount ?
Pour l’instant, la réponse officielle est claire.
Le studio doit continuer à fonctionner comme un label indépendant placé sous Paramount Pictures, toujours dirigé par John Lasseter avec la présidente de Skydance Animation, Holly Edwards.
Paramount possède en parallèle sa propre branche, Paramount Animation, actuellement dirigée par Jennifer Dodge.
Le groupe affirme que cette organisation n’est pas remise en cause : Paramount Animation et Skydance Animation doivent donc continuer à coexister plutôt que fusionner immédiatement sous une direction unique.
Cela donne au studio deux moteurs différents pour augmenter son offre d’animation.
Paramount Animation développe déjà plusieurs nouveaux projets, dont The Naughty List de Robert Rodriguez, un film animé inspiré de Survivor et une adaptation de la bande dessinée Freddy the 13th confiée à Dan Trachtenberg.
Skydance Animation apporte désormais son propre pipeline à cette stratégie.
Une rupture qui raconte surtout le retour du cinéma au centre du modèle Paramount
La fin de l’accord pourrait facilement être présentée comme un simple divorce entre Netflix et Paramount.
La réalité est plus intéressante.
Les deux sociétés soulignent qu’elles continueront leur relation de licence, tandis que Ray Gunn et le projet Jack et le Haricot magique restent chez Netflix. Il n’y a donc pas de rupture générale entre les deux groupes.
C’est avant tout le modèle économique des futurs films Skydance Animation qui change.
En 2023, une sortie mondiale directement sur Netflix représentait une solution logique pour un studio d’animation indépendant cherchant une puissance de diffusion internationale.
En 2026, Skydance appartient à Paramount, dont le nouveau dirigeant répète publiquement que le cinéma est selon lui l’un des meilleurs moyens de créer des franchises durables.
La trajectoire de Cosmic Motors résume parfaitement ce basculement.
Hier conçu pour arriver directement chez les abonnés Netflix, le film servira désormais à remplir les salles Paramount en 2027.
Et si cette première migration fonctionne, il serait peu surprenant de voir les prochaines productions Skydance Animation suivre le même chemin.