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# Octavia Spencer remporte son premier Emmy avec Les Disparues de l’Alaska et défend un true crime centré sur les victimes
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- Published: 2026-08-24T13:48:05.000Z
- Updated: 2026-09-16T09:30:12.000Z
- Author: Thomas.S
- Tags: Awards

Octavia Spencer voulait que le public retienne les noms des femmes racontées dans *Les Disparues de l’Alaska* plutôt que celui de leur meurtrier. Quelques semaines après avoir expliqué cette démarche, l’actrice et productrice vient de recevoir le premier Emmy Award de sa carrière pour son travail sur la série documentaire d’Investigation Discovery.

Le 5 septembre 2026, lors de la première soirée des Creative Arts Emmy Awards à Los Angeles, la Television Academy lui a décerné le prix de la **meilleure narration** pour *The Missing*, premier épisode de *Lost Women of Alaska*. Spencer était notamment en compétition avec Jodie Foster, Werner Herzog et David Attenborough.

La récompense possède une résonance particulière pour elle. *Les Disparues de l’Alaska* ne cherche pas simplement à raconter une enquête criminelle spectaculaire : Spencer, également productrice exécutive, défend depuis le lancement du projet une autre manière d’aborder le true crime, en replaçant au premier plan les personnes assassinées, leurs proches et les communautés auxquelles elles appartenaient.

## Octavia Spencer décroche le premier Emmy de sa carrière

La victoire met fin à une attente assez surprenante compte tenu du parcours de l’actrice.

La Television Academy recense désormais **trois nominations et une victoire** pour Octavia Spencer. Sa première nomination remontait à 2020 pour son interprétation de Madam C.J. Walker dans la mini-série Netflix *Self Made*. En 2024, elle avait ensuite été sélectionnée comme meilleure narratrice pour *Lost Women of Highway 20*, premier volet de la franchise documentaire *Lost Women*.

Deux ans plus tard, la même catégorie lui offre finalement son premier trophée.

L’Emmy récompense précisément son travail de narration dans l’épisode *The Missing*. Mais Spencer avait déjà prévenu avant la cérémonie qu’elle ne considérait pas cette nomination comme une réussite qui lui appartenait entièrement.

Dans un entretien autour de la série, elle expliquait que la visibilité associée à son nom pouvait servir à attirer l’attention sur des femmes qui ne pouvaient plus raconter elles-mêmes leur histoire. Elle présentait même symboliquement sa nomination comme appartenant aux « femmes disparues de l’Alaska ».

Son discours n’a pas changé après sa victoire. Dans les coulisses des Emmy, elle a rappelé que son intérêt ancien pour les affaires criminelles avait progressivement évolué : plutôt que consommer le true crime uniquement comme un divertissement, elle voulait utiliser sa propre plateforme pour raconter quelque chose de plus utile.

## Les Disparues de l’Alaska raconte d’abord Kathleen Jo Henry et Veronica Abouchuk

La série de trois épisodes revient principalement sur les meurtres de **Kathleen Jo Henry et Veronica Abouchuk**, deux femmes autochtones d’Alaska.

Kathleen Jo Henry avait 30 ans lorsqu’elle a été tuée en 2019\. Veronica Abouchuk en avait 52 lorsqu’elle a été assassinée l’année précédente.

Brian Steven Smith a été reconnu coupable en février 2024 de quatorze chefs d’accusation, dont deux meurtres au premier degré, une agression sexuelle au second degré, falsification de preuves et atteinte à un cadavre. En juillet de la même année, la justice de l’Alaska l’a condamné à **226 années de prison**. Ces informations sont directement confirmées par le Department of Law de l’État d’Alaska.

Mais *Les Disparues de l’Alaska* fait précisément le choix de ne pas organiser son récit autour de lui.

Investigation Discovery présente officiellement la série comme une exploration des meurtres de ces deux femmes, mais aussi des mécanismes sociaux et institutionnels qui peuvent rendre certaines victimes particulièrement vulnérables ou invisibles. Le diffuseur évoque explicitement l’intersection entre violences faites aux femmes autochtones, marginalisation et défaillances systémiques.

C’est cette perspective qui a intéressé Octavia Spencer.

## « Nous ne voyons pas cela comme du divertissement »

Dans un entretien consacré au documentaire, Spencer formule sa position de façon particulièrement nette : **« Nous ne voyons pas cela comme du divertissement. »**

Son reproche à une partie du true crime est simple : pendant longtemps, les tueurs ont parfois occupé davantage d’espace que les personnes qu’ils avaient victimes.

La fascination pour la psychologie des criminels, leurs méthodes ou leur personnalité peut finir par transformer le coupable en personnage principal de sa propre histoire. À l’inverse, les victimes deviennent parfois une liste de noms, une photographie ou simplement le point de départ nécessaire à l’enquête.

*Lost Women* essaie de renverser cette logique.

Spencer explique que la franchise veut restituer aux femmes leur voix, montrer qu’elles avaient des proches et une existence avant leur meurtre, mais aussi donner une place aux personnes qui continuent à se battre pour obtenir des réponses.

La réalisatrice Christina Douglas joue un rôle important dans cette orientation. Elle est elle-même autochtone et Spencer explique que l’équipe a volontairement choisi de **centrer la narration sur les femmes plutôt que sur leur meurtrier**, précisément pour éviter de contribuer à sa postérité.

## La série refuse également de juger les femmes les plus vulnérables

Cette logique dépasse Kathleen Jo Henry et Veronica Abouchuk.

Dans son entretien avec l’AARP, Spencer insiste sur le traitement des femmes vivant en marge de la société, notamment celles confrontées à la précarité, à l’absence de logement stable ou au travail du sexe.

Son principe est que leurs circonstances de vie ne changent rien à la valeur de leur existence.

Elle cite notamment le rôle déterminant joué dans l’enquête par une femme ayant elle-même vécu dans la rue et travaillé comme travailleuse du sexe. Pour Spencer, la manière dont certaines personnes sont regardées socialement peut influencer la rapidité avec laquelle leur disparition ou les violences qu’elles subissent sont prises au sérieux.

Le documentaire évite donc délibérément de construire une hiérarchie entre les « bonnes » et les « mauvaises » victimes.

C’est l’un des points où la série rejoint une évolution plus générale du true crime contemporain : davantage de productions cherchent aujourd’hui à interroger non seulement le crime, mais également les raisons pour lesquelles certaines affaires mobilisent immédiatement les médias et les autorités tandis que d’autres restent beaucoup plus longtemps hors du regard du public.

Spencer estime que ce déplacement du point de vue était nécessaire.

## L’Alaska fait face à une crise qui dépasse largement ces deux affaires

*Les Disparues de l’Alaska* replace également ces meurtres dans une réalité beaucoup plus large concernant les personnes autochtones disparues ou assassinées.

Le Bureau of Indian Affairs rappelle que les Amérindiens et les populations autochtones d’Alaska font face à un risque disproportionné de violences, de meurtre ou de disparition. L’agence souligne surtout une difficulté majeure : **il n’existe toujours pas de comptage parfaitement fiable et exhaustif** des femmes autochtones disparues ou tuées chaque année aux États-Unis.

En Alaska, la question a conduit les autorités à renforcer progressivement leurs dispositifs de suivi.

Un rapport du Department of Public Safety présenté à la législature recensait, au 31 mars 2025, **345 personnes disparues identifiées comme Alaska Native, American Indian ou de race non renseignée** dans les juridictions intégrées au rapport. Ce chiffre doit être utilisé avec prudence puisqu’il rassemble plusieurs catégories et ne correspond pas uniquement aux femmes autochtones.

Une étude antérieure de l’Alaska Native Women’s Resource Center recensait pour sa part 149 femmes et filles autochtones disparues et 80 assassinées dans sa base, tout en précisant que ces données étaient probablement sous-estimées en raison du sous-signalement, de difficultés d’accès aux forces de l’ordre et de problèmes de classification.

Ces chiffres ne doivent donc pas être additionnés ou directement comparés : ils ne couvrent ni exactement les mêmes populations, ni nécessairement les mêmes périodes.

Ils montrent néanmoins pourquoi Investigation Discovery présente les affaires de Kathleen Jo Henry et Veronica Abouchuk comme faisant partie d’un problème plus large.

## Une carte mémoire a fait basculer l’enquête

L’histoire judiciaire racontée par le documentaire possède aussi un élément particulièrement inhabituel.

Selon le Department of Law d’Alaska, les enquêteurs ont été alertés lorsqu’une femme leur a remis des images provenant du téléphone de Brian Steven Smith. Ces fichiers documentaient les violences commises contre une femme qui n’avait alors pas encore été identifiée.

L’enquête a ensuite permis d’établir qu’il s’agissait de Kathleen Jo Henry.

Pendant son interrogatoire, Smith a également reconnu avoir tué une seconde femme environ un an auparavant, qui sera identifiée comme Veronica Abouchuk.

La série consacre ses trois épisodes à cette progression : la découverte des premières preuves, la recherche et l’arrestation du suspect, puis le procès et les conséquences pour les familles.

En France, les épisodes sont intitulés **Disparues**, **Chasse à l’homme** et **La fin du silence**. Canal+ les référence avec une durée d’environ 43 minutes chacun.

## Lost Women avait commencé deux ans plus tôt dans l’Oregon

*Les Disparues de l’Alaska* n’est pas le premier projet de ce type porté par Octavia Spencer.

En 2023, *Lost Women of Highway 20* s’intéressait aux disparitions et meurtres de plusieurs femmes le long d’une route de l’Oregon.

Spencer y intervenait déjà comme narratrice et productrice exécutive.

Son travail avait obtenu une première nomination à l’Emmy de la meilleure narration en 2024, face notamment à David Attenborough, Angela Bassett, Morgan Freeman et Paul Rudd.

Le passage à l’Alaska constitue donc moins une nouvelle émission qu’un **deuxième chapitre d’une franchise documentaire**.

Warner Bros. Discovery et Investigation Discovery assument d’ailleurs ce principe dans leur communication officielle, présentant *Lost Women of Alaska* comme le retour de la franchise *Lost Women*. Octavia Spencer produit de nouveau via Orit Entertainment aux côtés d’October Films et de Momentum Content.

La productrice a déjà évoqué la possibilité d’explorer d’autres communautés ou territoires à l’avenir.

Aucun troisième volet n’a cependant été officiellement annoncé.

## Les Disparues de l’Alaska a aussi été récompensée aux Astra TV Awards

L’Emmy d’Octavia Spencer n’est pas la seule reconnaissance obtenue par le documentaire.

Fin août, ***Lost Women of Alaska* a remporté l’Astra TV Award de la meilleure série documentaire ou programme non fictionnel**.

Dernier Rush est revenu sur cette victoire dans \[son bilan complet des Astra TV Awards 2026\].

La distinction est intéressante dans le contexte de l’article : l’Emmy récompense directement la narration de Spencer, tandis que l’Astra distingue le programme dans son ensemble.

Mais l’actrice continue de ramener cette reconnaissance au même point.

Pour elle, la réussite n’est pas simplement de transformer *Lost Women* en programme primé. Elle est d’utiliser les récompenses et l’exposition médiatique qu’elles entraînent pour remettre sous les projecteurs les femmes racontées par la série.

## Où regarder Les Disparues de l’Alaska en France ?

Les trois épisodes sont bien disponibles en France.

JustWatch référence actuellement ***Les Disparues de l’Alaska* sur HBO Max et via la chaîne HBO Max proposée sur Prime Video**.

La série figure également directement dans l’offre Canal+, où les trois épisodes sont disponibles à la demande.

Discovery Investigation France avait par ailleurs lancé sa diffusion linéaire française le 8 mars 2026 et confirme que le programme est proposé au sein de son écosystème français.

La version française est disponible avec audio français et sous-titres français sur les services qui la proposent.

L’article publié en août pouvait encore se terminer sur une nomination.

Ce n’est plus le cas.

Octavia Spencer a désormais son Emmy. Mais le point qu’elle défend depuis le début n’a pas changé : la statuette n’a d’intérêt, dans ce projet précis, que si elle conduit davantage de personnes vers les histoires de **Kathleen Jo Henry, Veronica Abouchuk et des autres femmes que *Lost Women* essaie de replacer au centre du récit**.