La France pourrait-elle répondre seule à une menace nucléaire russe si les États-Unis refusaient d’intervenir ? C’est le scénario particulièrement actuel imaginé par Jupiter, premier long-métrage d’Alexandre Smia, présenté hors compétition à la Mostra de Venise. Denis Ménochet y incarne un président français confronté à un ultimatum impossible. Avant même sa sortie au cinéma le 18 novembre 2026, le film est déjà accusé par certains commentateurs d’extrême droite de défendre une vision centriste et interventionniste du pouvoir.
Une crise nucléaire place la France en première ligne
Dans Jupiter, Paul Archambault vient tout juste d’être élu président de la République lorsqu’une tentative d’assassinat vise son homologue russe. Le Kremlin accuse l’Ukraine et prépare une riposte susceptible de provoquer une escalade nucléaire.
Le président français rejoint alors le poste de commandement Jupiter, le bunker antiatomique situé sous le palais de l’Élysée. Entouré de ses conseillers politiques et militaires, il doit déterminer jusqu’où la France peut aller pour répondre à la menace.
Le scénario imagine une Europe profondément divisée. L’Allemagne et l’Italie réclament de la retenue, tandis que les États-Unis refusent de prendre la tête de la confrontation. Le Royaume-Uni soutient la position française, mais la décision la plus dangereuse repose essentiellement sur Paul Archambault.
Pour Alexandre Smia, cette situation n’appartient plus totalement à la science-fiction. Le réalisateur estime que le désengagement américain au sein de l’Otan, même s’il n’est pas officiel, suffit à créer un doute sur la protection dont bénéficierait l’Europe en cas d’attaque.
« Combler le vide face à une menace n’est même plus un choix, cela devient presque une obligation », explique-t-il au Guardian — traduction de l’anglais.
Denis Ménochet doit appliquer la « théorie du fou »
Pour convaincre le président russe qu’il est réellement prêt à employer l’arme nucléaire, Paul Archambault se tourne vers la « théorie du fou ». Cette stratégie, généralement associée à Richard Nixon, consiste à se montrer suffisamment imprévisible pour rendre crédible une menace que l’adversaire jugerait autrement impossible à exécuter.
Le personnage joué par Denis Ménochet doit donc donner l’impression qu’il pourrait véritablement déclencher une riposte dévastatrice. Une posture qui fragilise ses relations avec ses alliés européens, son gouvernement et l’opinion publique française.
C’est précisément sur cette ambiguïté que repose le film. Jupiter ne présente pas nécessairement l’escalade militaire comme une solution, mais montre un chef d’État contraint d’adopter une stratégie dangereuse pour éviter que sa faiblesse apparente n’encourage son adversaire.
Alexandre Smia reconnaît lui-même qu’il imagine difficilement un dirigeant européen accepter de « jouer au fou ». Selon lui, cette méthode est beaucoup trop risquée pour être présentée comme une réponse politique évidente.
Pourquoi Jupiter provoque déjà une polémique
La diffusion de la bande-annonce de Jupiter a suffi à provoquer de premières réactions politiques. Plusieurs voix issues de l’extrême droite française ont présenté le film comme une œuvre de propagande destinée à défendre un futur candidat centriste face au Rassemblement national lors de l’élection présidentielle de 2027.
Cette lecture repose notamment sur la place centrale accordée à la France et sur l’image d’un président acceptant d’assumer la responsabilité laissée vacante par les États-Unis. Le titre a également été rapproché d’Emmanuel Macron et de sa conception « jupitérienne » du pouvoir.
Le choix de ce nom possède pourtant plusieurs significations. François Mitterrand avait lui aussi été surnommé « Jupiter » par une partie de la presse. Surtout, le véritable poste de commandement nucléaire installé sous l’Élysée porte ce nom depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.
À Venise, les premières projections ont également suscité des interprétations opposées. Certains spectateurs y ont vu la défense d’une France plus offensive, tandis que d’autres ont considéré le film comme un avertissement sur les dangers de la dissuasion et de la concentration du pouvoir nucléaire entre les mains d’un seul homme.
François Hollande a conseillé l’équipe du film
Pour rendre le fonctionnement de l’Élysée et la procédure de décision aussi crédibles que possible, Alexandre Smia et son coscénariste Thomas Finkielkraut ont effectué un important travail de recherche. L’ancien président François Hollande a notamment conseillé l’équipe pendant la préparation du film.
La présence de cet ancien chef de l’État renforce forcément la dimension politique du projet, mais le réalisateur affirme avoir volontairement évité de reproduire physiquement un président français identifiable. Denis Ménochet a notamment été choisi parce qu’il ne ressemble directement à aucun de ses prédécesseurs.
L’acteur est accompagné d’André Dussollier, Reda Kateb, Dominique Blanc, Ella Rumpf, Frédéric Pierrot, Céline Sallette, Cédric Kahn et Jérémy Lopez. Alexandre Smia, qui avait auparavant réalisé plusieurs épisodes du Bureau des légendes, signe ici son premier long-métrage.
Selon la fiche officielle de la Mostra de Venise, Jupiter dure 87 minutes. L’essentiel du récit se déroule dans l’espace fermé du bunker, où les échanges entre responsables politiques et militaires remplacent les scènes de destruction habituellement associées aux films de catastrophe.
Le film sortira dans les salles françaises le 18 novembre 2026. D’ici là, son mélange entre thriller, géopolitique et débat sur la dissuasion nucléaire devrait continuer à alimenter des interprétations très différentes.