Il fallait probablement une artiste capable de chanter, danser, jouer et imposer immédiatement une présence physique pour tenter d’incarner Joséphine Baker. STUDIOCANAL a choisi FKA twigs. Le biopic écrit et réalisé par Maïmouna Doucouré est désormais officiellement en tournage, avec une distribution qui s’est considérablement étoffée autour de l’artiste britannique : Aunjanue Ellis-Taylor, Grégory Montel, Giuseppe Maggio, Benjamin Millepied, Féodor Atkine, Alex Lutz et Harmony Riley participent également au film.
Le projet entre ainsi dans une nouvelle phase plusieurs mois après l’annonce de FKA twigs dans le rôle principal. STUDIOCANAL avait confirmé au printemps que la chanteuse et actrice prêterait ses traits à Joséphine Baker ; le studio annonce désormais que la production a effectivement commencé et dévoile les principaux noms qui l’accompagneront à l’écran. Voir l’annonce officielle de STUDIOCANAL
Le tournage a débuté le 7 septembre 2026 et doit se poursuivre jusqu’au 13 novembre entre la France et la Bulgarie, notamment à Paris, en Dordogne et dans les studios de Sofia. Une géographie qui n’a rien d’anecdotique lorsqu’on connaît le parcours de Baker : Paris fut le lieu de son explosion artistique dans les années 1920, tandis que la Dordogne abrita plus tard le château des Milandes, où elle installa les enfants de sa « tribu arc-en-ciel ».
Maïmouna Doucouré ne s’attaque donc pas seulement à une grande vedette du music-hall. Elle tente de raconter une existence qui traverse près d’un demi-siècle d’histoire, de l’Amérique ségrégationniste au Paris des Années folles, de la scène à la Résistance française, puis jusqu’aux combats pour les droits civiques aux États-Unis.
FKA twigs devient Joséphine Baker
Le choix de FKA twigs paraît presque évident sur le plan physique et artistique, tout en constituant un pari important pour le film.
L’artiste britannique a bâti une grande partie de son identité autour de la rencontre entre musique, danse, performance et travail corporel. Or il serait difficile d’aborder Joséphine Baker uniquement comme une chanteuse ou comme une actrice : son ascension dans le Paris des années 1920 passe précisément par sa capacité à transformer la danse, le costume, la scène et sa propre image en spectacle.
FKA twigs possède déjà une expérience au cinéma, notamment avec Honey Boy, The Crow et Mother Mary, mais Joséphine Baker doit lui offrir un rôle d’une tout autre dimension. Elle se retrouve au centre d’un grand biopic historique dont le récit est appelé à couvrir plusieurs époques et plusieurs facettes d’une même femme.
STUDIOCANAL avait officialisé son choix dès le mois de mai, en annonçant simultanément que Maïmouna Doucouré écrirait et réaliserait le long métrage. La production, alors prévue pour l’automne, est désormais bel et bien lancée.
Le studio n’a pour l’instant pas dévoilé de première photographie de FKA twigs transformée en Baker ni expliqué jusqu’à quel âge elle incarnera le personnage. C’est un détail important : la vie de Joséphine Baker s’étend bien au-delà de ses années de gloire dans les cabarets parisiens, et le synopsis actuellement communiqué confirme que le film ne veut pas s’arrêter à cette période.
Un casting français et international autour de FKA twigs
À ses côtés, Aunjanue Ellis-Taylor constitue l’autre grand nom international annoncé. L’actrice américaine, nommée à l’Oscar du meilleur second rôle pour La Méthode Williams, a également marqué des films comme Origin, Nickel Boys ou The Supremes. Son personnage n’a cependant pas encore été rendu public.
Même prudence concernant les autres membres de la distribution. STUDIOCANAL confirme leur présence mais ne précise pas encore officiellement tous leurs rôles.
Le casting réunit ainsi Giuseppe Maggio, acteur italien récemment vu dans Being Maria et Mrs Playmen, Grégory Montel, bien connu du public français grâce à Dix pour cent, ainsi que Féodor Atkine et Alex Lutz.
La présence de Benjamin Millepied mérite également d’être remarquée. Le danseur et chorégraphe, ancien directeur de la danse de l’Opéra national de Paris, apparaît ici comme interprète. Pour un film consacré à une artiste dont le mouvement et la danse ont joué un rôle aussi déterminant, son arrivée dans la distribution peut difficilement passer inaperçue, même si son personnage reste lui aussi inconnu.
Enfin, Harmony Riley complète pour l’instant le casting annoncé par STUDIOCANAL.
Cette diversité correspond assez naturellement à une histoire qui ne peut pas rester enfermée dans un seul pays. Baker naît aux États-Unis, construit sa carrière en France, voyage constamment en Europe et ailleurs, travaille pour le renseignement français pendant la guerre puis retrouve les États-Unis dans le cadre de son engagement contre la ségrégation.
Le film commencera-t-il réellement avec son départ des États-Unis ?
Le synopsis communiqué par la production permet déjà d’identifier l’un des axes principaux.
Le film doit raconter l’ascension de Joséphine Baker vers une célébrité internationale dans le Paris des années 1920, puis son engagement dans la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale et sa participation au mouvement américain des droits civiques.
Il ne s’agit donc pas uniquement d’un film sur les années de music-hall.
C’est même probablement là que se trouve la difficulté principale du projet : Joséphine Baker possède plusieurs vies suffisamment importantes pour constituer chacune un film.
Née Freda Josephine McDonald le 3 juin 1906 à Saint-Louis, dans le Missouri, elle grandit dans une Amérique marquée par la ségrégation et la violence raciale. Elle danse très jeune, rejoint différentes troupes et finit par travailler à Broadway avant de partir pour la France en 1925. Les Archives nationales françaises rappellent notamment son passage par Shuffle Along, importante comédie musicale interprétée par une distribution noire, avant son arrivée en Europe. Consulter le dossier des Archives nationales consacré à Joséphine Baker
Paris change tout.
Le 2 octobre 1925, Baker se produit au Théâtre des Champs-Élysées dans La Revue nègre. Sa manière de danser fascine autant qu’elle choque une partie du public. Elle devient rapidement l’une des figures les plus visibles de la capitale et l’une des premières grandes vedettes noires internationales.
À seulement 19 ans, celle qui avait grandi dans la pauvreté et la ségrégation découvre ainsi en France une liberté sociale et artistique impossible à comparer avec ce qu’elle avait connu aux États-Unis.
Cette opposition entre les deux pays devrait occuper une place centrale dans le film de Maïmouna Doucouré.
Joséphine Baker ne fut pas seulement une star des Années folles
Limiter Baker à ses années parisiennes les plus flamboyantes reviendrait pourtant à raconter une moitié de son histoire.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, elle met sa célébrité au service de la France. Les archives du ministère des Armées la décrivent comme une « honorable correspondante » du renseignement militaire français dès 1939. Sa notoriété lui permet de voyager, de fréquenter des ambassades, des diplomates et des responsables politiques sans attirer les mêmes soupçons qu’un agent classique.
Sa carrière devient alors une couverture.
Elle participe à la circulation d’informations, aide des agents à se déplacer en les faisant passer pour des membres de son entourage et collecte des renseignements au cours de ses voyages. Après la défaite française, elle poursuit son engagement et contribue également à lever des fonds pour la France libre.
En 1944, elle s’engage officiellement dans les formations féminines de l’Air.
Après la guerre, la France lui décernera notamment la Croix de guerre, la Médaille de la Résistance et la Légion d’honneur.
Le film aura donc un véritable enjeu de ton : passer du spectacle et de l’énergie du Paris des années 1920 à l’espionnage, à la guerre puis à l’engagement politique sans donner l’impression d’aligner simplement les grandes étapes d’une biographie.
Le combat contre le racisme sera également au cœur du biopic
Le synopsis officiel indique aussi que la partie américaine de son engagement sera racontée.
Après la guerre, Joséphine Baker utilise sa célébrité pour s’opposer ouvertement à la ségrégation raciale. Lors de certaines tournées aux États-Unis, elle refuse notamment de se produire devant des salles séparant le public noir du public blanc.
En 1963, elle participe à la marche sur Washington aux côtés de Martin Luther King. Elle apparaît alors vêtue de son uniforme militaire français et de ses décorations.
Le ministère de la Culture rappelle également qu’elle s’engage durablement contre le racisme et soutient le mouvement américain pour les droits civiques. Découvrir le portrait officiel de Joséphine Baker par le ministère de la Culture
Ce parcours explique évidemment pourquoi son histoire a pris une dimension particulière en France depuis son entrée au Panthéon.
Le 30 novembre 2021, Joséphine Baker est devenue la sixième femme à y entrer et la première femme noire ainsi honorée. Son corps est toutefois resté à Monaco : le cénotaphe installé au Panthéon contient notamment de la terre provenant de Saint-Louis, de Paris, des Milandes et de Monaco, quatre lieux symboliques de son existence.
Le film de Maïmouna Doucouré arrive donc après cette reconnaissance nationale récente, ce qui lui donne une résonance particulière en France.
La Dordogne servira logiquement de décor au tournage
Le choix de tourner une partie du film en Dordogne est particulièrement cohérent.
Joséphine Baker y achète le château des Milandes, qui devient l’un des lieux les plus importants de sa vie. Elle y élève douze enfants adoptés venus de pays et de cultures différents, réunis sous l’expression de « tribu arc-en-ciel ».
Plusieurs appels de casting liés au film ont d’ailleurs recherché des enfants pour incarner cette famille, confirmant que cette période ne sera pas laissée hors du récit.
La production doit rester plusieurs semaines en France avant de poursuivre une partie du tournage à Sofia.
Selon les informations professionnelles disponibles, les prises de vues sont prévues du 7 septembre au 13 novembre 2026. Le film est produit par Bien ou Bien Productions et STUDIOCANAL, avec STUDIOCANAL également chargé de sa distribution en France et de ses ventes internationales.
Cette production rejoint d’ailleurs plusieurs projets français importants actuellement accompagnés par le studio. Dernier Rush revenait récemment sur La Troisième Main, le nouveau film muet de Michel Hazanavicius avec François Civil et Bérénice Bejo, dont STUDIOCANAL assurera également la distribution française et les ventes internationales.
Le biopic de Joséphine Baker s’inscrit cependant dans une autre échelle : celle d’un récit français pensé dès le départ pour une circulation internationale.
Maïmouna Doucouré signe son troisième long métrage
Le projet constitue également une étape majeure pour Maïmouna Doucouré.
La réalisatrice s’était fait connaître avec Mignonnes, son premier long métrage, récompensé pour sa réalisation dans la compétition World Cinema Dramatic du Festival de Sundance en 2020 et présenté à la Berlinale. Elle avait ensuite réalisé Hawa, sorti en 2022 et présenté dans la section Platform du Festival de Toronto.
Joséphine Baker sera son troisième long métrage.
Le changement d’échelle est important. Doucouré passe d’histoires contemporaines relativement resserrées à un film historique traversant plusieurs décennies, plusieurs pays, le monde du spectacle, la guerre et la politique.
Elle est également créditée à l’écriture du projet. Les informations professionnelles mentionnent Olivier Lorelle au scénario à ses côtés, tandis que Simon Moutaïrou apparaît comme consultant sur certaines bases professionnelles.
Pour le moment, la réalisatrice n’a pas détaillé publiquement la manière dont elle compte articuler toutes les périodes de la vie de Baker. Ce sera pourtant probablement l’un des choix déterminants du film : raconter une telle existence chronologiquement peut rapidement transformer un biopic en succession d’événements, alors que l’intérêt du personnage vient justement des liens entre sa carrière artistique, ses engagements et la manière dont son identité a été regardée différemment selon les pays.
Quand sortira le biopic Joséphine Baker ?
À ce stade, STUDIOCANAL n’a annoncé aucune date de sortie officielle en France.
Certaines bases professionnelles répertorient le film parmi les productions 2027, ce qui paraît cohérent avec un tournage achevé en novembre 2026, mais aucune journée précise ni même aucune période de sortie n’a encore été communiquée par le distributeur. Il serait donc prématuré d’annoncer une date.
Il faudra également attendre pour découvrir la première image de FKA twigs dans le rôle, la répartition complète des personnages et la manière dont Maïmouna Doucouré reconstruira le Paris des années 1920.
Une chose est désormais certaine : le film n’est plus simplement un projet annoncé à Cannes ou une distribution en cours de constitution. Les caméras tournent.
Et pour raconter Joséphine Baker, il faudra faire tenir dans un même long métrage une enfant pauvre du Missouri, une star qui bouleversa le Paris des Années folles, une agente du renseignement français, une résistante décorée, une militante des droits civiques et une femme devenue, près d’un demi-siècle après sa mort, l’une des figures honorées au Panthéon.
FKA twigs en incarnera le visage.
Le véritable défi de Joséphine Baker sera désormais de réussir à montrer tout ce qu’il y avait derrière.