Un livreur de pizzas entre dans une banque avec une bombe verrouillée autour du cou. Quelques minutes après son arrestation, l’engin explose sous les yeux de la police. Derrière ce braquage se cachent un projet de meurtre, un cadavre conservé dans un congélateur, plusieurs suspects aux relations particulièrement toxiques et un plan si compliqué qu’il paraît presque impossible qu’il ait réellement existé.
Pourtant, tout commence bien par un fait divers survenu en Pennsylvanie en 2003.
Après avoir découvert cette affaire grâce à la docu-série Netflix Evil Genius, Courteney Cox en a tiré son deuxième long-métrage comme réalisatrice. Patricia Arquette et David Harbour portent cette comédie noire inspirée de l’affaire du « pizza bomber », présentée en première mondiale le 12 septembre 2026 au Festival international du film de Toronto.
Et contrairement à ce que pouvait laisser penser la première version de cet article, Harbour ne joue pas Kenneth Barnes : il incarne Bill Rothstein, l’un des personnages les plus importants de l’histoire.
Evil Genius vient d’être présenté en première mondiale à Toronto
Evil Genius a fait ses débuts publics le 12 septembre 2026 dans la section Gala Presentations du Festival international du film de Toronto.
Il s’agit du deuxième long-métrage réalisé par Courteney Cox après Just Before I Go, sorti en 2014, et donc de son premier film derrière la caméra depuis douze ans.
Reuters rapporte qu’après la projection, Cox a expliqué avoir surtout voulu comprendre la relation extrêmement dysfonctionnelle entre Marjorie Diehl-Armstrong et Bill Rothstein, qu’elle considère comme l’un des véritables moteurs de l’affaire.
Son objectif n’était pas de réaliser un true crime totalement austère.
La réalisatrice cherche au contraire à mêler crime, drame et humour noir, en partant d’un constat difficile à ignorer : aussi tragique soit-elle, l’affaire repose également sur un plan criminel tellement compliqué et rempli de mauvaises décisions qu’il possède parfois une dimension presque absurde.
Courteney Cox résume néanmoins clairement sa limite : il ne s’agit pas de transformer les responsables en personnages attachants ou de chercher à les réhabiliter.
Courteney Cox a découvert l’affaire grâce au documentaire Netflix
Le nouveau film est directement inspiré de la mini-série documentaire Evil Genius: The True Story of America’s Most Diabolical Bank Heist, mise en ligne par Netflix en 2018.
La plateforme présente cette série en quatre épisodes comme l’histoire d’un braquage raté à Erie, en Pennsylvanie, suivi d’un meurtre public puis d’une enquête qui conduit le FBI vers un ensemble de personnages de plus en plus étranges.
Courteney Cox a expliqué à TheWrap avoir été fascinée par une question en particulier : pourquoi imaginer un plan aussi compliqué alors qu’il avait si peu de chances de fonctionner ?
Plus elle s’intéressait aux protagonistes, plus cette question prenait de l’importance.
C’est cette approche qui structure le film : plutôt que de simplement reconstruire l’explosion de la bombe et l’enquête qui suit, Evil Genius s’intéresse aux personnes qui ont contribué à créer cette mécanique criminelle.
Que s’est-il réellement passé le 28 août 2003 ?
Le 28 août 2003, Brian Douglas Wells, livreur de pizzas à Erie, entre dans une banque avec un imposant dispositif explosif verrouillé autour du cou.
Il remet une demande d’argent à un employé et repart avec 8 702 dollars, selon la chronologie publiée par le FBI.
La police l’arrête peu après.
Wells explique alors qu’il a été contraint à participer au braquage et avertit les policiers que la bombe est programmée pour exploser. Les démineurs sont appelés, mais n’arrivent pas suffisamment vite : l’engin détonne et tue Wells.
Le dispositif n’était pas un accessoire destiné uniquement à l’effrayer.
Le FBI conserve encore aujourd’hui des images du véritable collier métallique utilisé dans l’attentat et confirme qu’il contenait une bombe fonctionnelle.
L’enquête va ensuite révéler que le braquage ne représentait qu’une partie d’un plan beaucoup plus vaste.
Brian Wells était-il une victime ou un complice ?
C’est l’un des aspects les plus délicats de l’affaire, et il faut éviter les formulations trop simples.
Dans les heures qui suivent le braquage, Brian Wells se présente aux policiers comme un homme forcé de participer au crime.
Mais après près de quatre années d’enquête, les procureurs américains concluent qu’il avait eu un rôle limité dans la phase de préparation du braquage.
Le FBI expliquait en 2007 que le plan prévoyait de donner l’impression que Wells n’était qu’un otage afin qu’il puisse disposer d’un alibi s’il était arrêté.
Mais la même autorité ajoutait une nuance fondamentale : son statut aurait pu évoluer lorsqu’une véritable bombe a été placée autour de son cou. La procureure Mary Beth Buchanan estimait qu’il était possible qu’il soit passé d’un participant à la préparation à un participant devenu involontaire lorsque l’opération a réellement commencé.
Cette ambiguïté est essentielle.
Présenter Wells uniquement comme le cerveau d’un braquage ou, à l’inverse, comme un livreur totalement étranger à toute préparation simplifierait une affaire dont les autorités elles-mêmes reconnaissaient la complexité.
La docu-série Netflix avait justement beaucoup travaillé sur cette question.
Patricia Arquette incarne Marjorie Diehl-Armstrong
Dans le film, Patricia Arquette joue Marjorie Diehl-Armstrong, personnage central de la conspiration.
Les procureurs ont estimé que le braquage devait notamment permettre de financer un autre projet criminel : payer un tueur afin d’assassiner le père de Diehl-Armstrong dans le cadre d’un conflit autour d’un héritage.
Elle sera finalement condamnée pour son implication dans l’affaire.
Mais le film s’intéresse également à un autre meurtre.
James Roden, compagnon de Diehl-Armstrong, avait été tué avant que son corps soit dissimulé dans un congélateur.
Cette mort deviendra une pièce importante du puzzle lorsqu’un homme appelle finalement la police pour révéler où se trouve le cadavre.
Cet homme est Bill Rothstein.
David Harbour joue Bill Rothstein, pas Kenneth Barnes
C’est la principale correction à apporter à l’ancien article.
David Harbour incarne Bill Rothstein, ancien fiancé de Marjorie Diehl-Armstrong.
Reuters confirme que Rothstein appelle la police pour signaler la présence du corps de James Roden dans son congélateur et accuse Diehl-Armstrong du meurtre, contribuant ainsi à faire progresser une enquête qui finira par reconnecter plusieurs crimes.
Le film construit une large partie de son humour noir autour de la relation entre Bill et Marjorie.
Harbour décrit lui-même leur dynamique comme une sorte d’histoire d’amour profondément dérangée, au cœur d’un projet criminel qui devient tellement excessif qu’il touche parfois au grotesque.
La trajectoire de Harbour est d’ailleurs particulièrement visible cette année : l’acteur vient aussi de décrocher son premier Emmy grâce à DTF: St. Louis, après plusieurs nominations pour Stranger Things. Dernier Rush revenait récemment sur cette victoire.
Kenneth Barnes existe bien dans l’affaire réelle et a été condamné pour son rôle dans le complot, mais ce n’est pas le personnage interprété par David Harbour.
Tom McCarthy joue Brian Wells
Autre information désormais clarifiée depuis la première mondiale : Tom McCarthy incarne Brian Wells.
Entertainment Weekly confirme le rôle de l’acteur dans le film, aux côtés d’Arquette et Harbour.
Le casting comprend également Michael Chernus, Garret Dillahunt et Danielle Macdonald. Cornerstone Films les cite parmi les principaux seconds rôles lors de son annonce sur les ventes internationales du film.
Ryan Eggold, Owen Teague et Dascha Polanco figurent également parmi les interprètes annoncés autour du projet.
Le film réserve en plus quelques apparitions liées directement à la carrière de Courteney Cox.
Entertainment Weekly révèle notamment que David Arquette, son ancien partenaire de Scream, et Christine Taylor apparaissent dans une scène en employés de banque confrontés aux instructions contradictoires du braquage.
L’humour vise les criminels, pas la mort de Brian Wells
Transformer une affaire impliquant plusieurs morts en comédie noire comporte évidemment un risque.
Courteney Cox en est parfaitement consciente.
La réalisatrice explique que l’humour du film ne doit pas venir de la mort de Brian Wells mais de l’ego, de l’incompétence et du caractère disproportionné du plan imaginé autour de lui.
Patricia Arquette résume cette dimension encore plus brutalement lorsqu’elle qualifie le crime de l’un des plans les plus stupides imaginables : les responsables pensent avoir plusieurs coups d’avance tout en laissant derrière eux une quantité considérable d’indices.
Cox insiste également sur le fait que le film ne constitue pas une histoire de rédemption.
Elle veut montrer les personnages dans leur complexité sans minimiser leurs actes ni faire disparaître leurs victimes derrière le spectacle.
Ce mélange de noirceur et de ridicule constitue probablement le pari le plus délicat de Evil Genius.
Les premiers avis après Toronto sont partagés sur ce ton
La première mondiale permet désormais de dépasser les simples intentions de Courteney Cox.
Et les premières critiques montrent justement que le ton du film divise.
TheWrap se montre très positif et souligne notamment la performance de Patricia Arquette, l’efficacité du mélange entre true crime et humour noir ainsi que la manière dont Cox transforme une histoire déjà connue des amateurs de documentaires criminels.
Awards Radar salue également un film sombre, drôle et beaucoup plus assuré que le premier long-métrage de Courteney Cox.
À l’inverse, The Daily Beast estime que le long-métrage peine à trouver l’équilibre entre l’absurdité des criminels et la gravité du véritable drame, en regrettant notamment que l’humour prenne parfois le dessus sur l’étude des personnages.
Il est encore beaucoup trop tôt pour parler de consensus critique.
Mais les premières réactions confirment au moins que le principal débat autour du film sera probablement exactement celui qu’anticipait Cox : jusqu’où peut-on rire de l’absurdité d’un crime sans diminuer sa violence réelle ?
Evil Genius est le deuxième long-métrage réalisé par Courteney Cox
Courteney Cox reste principalement associée à Monica dans Friends et Gale Weathers dans Scream, mais sa carrière derrière la caméra ne commence pas avec Evil Genius.
Elle avait déjà réalisé en 2012 le téléfilm TalhotBlond, lui aussi tiré d’une histoire criminelle réelle.
Le lien avec son nouveau projet est particulièrement intéressant : TalhotBlond était déjà adapté d’un documentaire signé Barbara Schroeder.
Six ans plus tard, Schroeder codirigera avec Trey Borzillieri la docu-série Netflix Evil Genius, qui servira à son tour de point de départ au film de Cox.
En 2014, Cox avait ensuite réalisé Just Before I Go, avec Seann William Scott.
Evil Genius devient donc son deuxième long-métrage de cinéma et son premier depuis douze ans.
Jason Bateman fait partie des producteurs
Courteney Cox est également productrice du film.
Elle est accompagnée par Jason Bateman, Michael Costigan et John Buderwitz via Aggregate Films.
Le financement et une partie de la production sont assurés par August Night Pictures.
Le scénario est signé Courtenay Miles, à partir du travail documentaire de Barbara Schroeder et Trey Borzillieri.
Le film dure environ 1 h 34.
Le film n’est pas une production Netflix
La confusion est facile.
Le titre est identique à celui de la docu-série Netflix de 2018 et Courteney Cox explique avoir découvert l’affaire grâce à elle.
Mais le nouveau film Evil Genius n’est pas un film Netflix.
La plateforme continue de proposer la série documentaire originale, notamment avec un doublage et des sous-titres français.
Le long-métrage est un projet distinct.
C’est particulièrement important pour sa future disponibilité en France.
Quand Evil Genius sortira-t-il en France ?
Pour l’instant, aucune date française n’est annoncée.
La situation a toutefois évolué depuis la première publication de cet article.
Cornerstone Films a désormais rejoint le projet pour assurer les ventes internationales, tandis qu’August Night Pictures s’occupe de l’Amérique du Nord en collaboration avec Aggregate Films.
Le passage par Toronto sert donc aussi à présenter le film à de potentiels distributeurs.
AlloCiné référence déjà Evil Genius comme un film à venir, mais sans distributeur français ni calendrier de sortie.
Il est donc impossible, au 15 septembre 2026, de dire s’il arrivera en France au cinéma, directement en streaming ou par un autre circuit.
Une chose est désormais certaine : le film existe, il a été montré au public et les premières réactions sont arrivées.
Vingt-trois ans après la mort de Brian Wells et huit ans après la docu-série Netflix qui avait relancé l’intérêt mondial pour cette affaire, Courteney Cox tente maintenant quelque chose de beaucoup plus risqué : transformer l’un des faits divers américains les plus invraisemblables du XXIe siècle en une comédie noire sans faire oublier qu’au centre de ce plan absurde, un homme est réellement mort.