Sophie Turner et Kit Harington réunis dans une Angleterre médiévale rongée par la guerre, face à une mystérieuse silhouette en armure : The Dreadful avait tout pour attirer les spectateurs nostalgiques de Game of Thrones. Mais derrière ces retrouvailles se cache surtout une réinterprétation très libre d’une histoire bien plus ancienne.
Sorti aux États-Unis le 20 février 2026, le film de Natasha Kermani puise dans une parabole bouddhiste qui avait déjà inspiré l’un des grands classiques de l’horreur japonaise, Onibaba de Kaneto Shindō en 1964. La réalisatrice conserve la relation tendue entre une jeune femme et sa belle-mère, mais transporte l’ensemble dans l’Angleterre du XVe siècle et remplace la célèbre figure démoniaque par un chevalier inquiétant.
Le résultat n’est d’ailleurs pas tout à fait le déferlement gore que sa première promotion pouvait laisser imaginer. The Dreadful préfère la boue, la faim, la superstition et la peur à une accumulation de massacres.
Sophie Turner survit avec sa belle-mère dans une Angleterre en guerre
L’histoire suit Anne, interprétée par Sophie Turner.
Elle vit isolée avec Morwen, sa belle-mère jouée par Marcia Gay Harden, dans une petite habitation située en marge de la société. Les deux femmes attendent le retour de Seamus, mari d’Anne et fils de Morwen, parti combattre.
Leur quotidien est extrêmement rudimentaire.
Elles cultivent ce qu’elles peuvent, récupèrent de quoi survivre et évoluent dans un monde où la guerre éloigne les hommes pendant de longues périodes et laisse derrière elle des familles pratiquement livrées à elles-mêmes.
Tout change lorsque Jago, incarné par Kit Harington, revient du front.
Il apporte une nouvelle qui détruit l’équilibre fragile installé entre Anne et Morwen. Dans le même temps, son retour ravive des sentiments anciens chez Anne.
Une présence beaucoup plus inquiétante commence alors à rôder autour d’eux : un mystérieux chevalier en armure, dont les apparitions deviennent progressivement indissociables de la culpabilité, du désir et des croyances des personnages.
The Dreadful ne refait pas simplement Onibaba
Réduire The Dreadful à un remake anglais d’Onibaba serait pourtant trop simple.
Natasha Kermani explique être partie de la même parabole bouddhiste que le film de Kaneto Shindō plutôt que de chercher à reproduire directement son classique de 1964.
Ce qui l’intéressait surtout était l’image de deux femmes sans lien biologique direct obligées de survivre ensemble.
Dans l’histoire traditionnelle comme dans Onibaba, cette relation concerne une belle-mère et sa belle-fille. Leur équilibre est bouleversé lorsqu’un homme entre de nouveau dans leur vie.
Kermani a conservé cette architecture émotionnelle, mais elle modifie pratiquement tout ce qui l’entoure.
Onibaba se déroulait au Japon au milieu d’une guerre civile et utilisait notamment un masque de démon particulièrement célèbre.
The Dreadful abandonne cette iconographie pour créer sa propre créature.
Le démon japonais devient un chevalier en armure
C’est probablement le changement le plus intéressant apporté par Natasha Kermani.
Dans la tradition à laquelle se rattache Onibaba, la figure monstrueuse est fortement associée à une vieille femme démoniaque. Le titre japonais peut d’ailleurs être traduit autour de cette idée de « femme démon » ou « vieille démone ».
Kermani prend volontairement la direction opposée.
Son monstre est masculin.
Le chevalier en armure représente une force extérieure qui pénètre dans l’espace construit par Anne et Morwen. La réalisatrice explique avoir voulu associer cette figure à la guerre, au pouvoir, à la cupidité et à la possibilité pour les hommes de modifier leur statut social grâce aux richesses obtenues au combat.
Elle cite même certaines influences issues des légendes arthuriennes et du Chevalier vert.
Ce déplacement donne donc au film un véritable motif pour abandonner le Japon : The Dreadful ne remplace pas simplement un décor par un autre, il cherche à transformer le symbole central de l’histoire.
L’Angleterre du XVe siècle n’est pas qu’un décor
Kermani situe son récit vers la fin du Moyen Âge anglais, dans un contexte associé à la guerre des Deux-Roses.
Plutôt que de montrer les rois et les grandes batailles, le film observe ce conflit depuis le bas de l’échelle sociale.
Seamus n’est pas présenté comme un chevalier parti chercher la gloire.
Pour des hommes issus des classes populaires, la guerre pouvait aussi représenter une occasion extrêmement dangereuse d’obtenir de l’argent, des biens ou une promotion sociale. C’est cette logique que le personnage poursuit en quittant Anne et Morwen.
La réalisatrice s’intéresse donc davantage aux conséquences de la guerre qu’à la guerre elle-même : pénurie, absence des hommes, précarité, isolement et nécessité pour les femmes restantes de créer leur propre système de survie.
Le titre The Dreadful vient lui-même d’une réflexion autour de cette peur permanente. Kermani explique avoir récupéré le terme dans le Livre de la Genèse, où Lilith est décrite comme une figure « dreadful ».
Le tournage a réellement affronté l’hiver des Cornouailles
Cette impression de froid et d’isolement ne vient pas uniquement des décors.
The Dreadful a été tourné entièrement en décors naturels en Cornouailles, en Angleterre, pendant l’hiver.
Natasha Kermani et la directrice de la photographie Julia Swain voulaient utiliser les véritables paysages, la brume, les forêts et la lumière très basse de cette période de l’année plutôt que recréer artificiellement l’environnement en studio.
Le tournage était pourtant extrêmement contraint.
Kermani évoque 18 jours de prises de vues, avec un budget limité et une exposition permanente aux conditions météorologiques.
La maison d’Anne et Morwen a même été construite directement sur le lieu de tournage afin que la caméra puisse passer naturellement de l'intérieur à l'extérieur.
Julia Swain et Kermani ont choisi des objectifs anamorphiques afin de donner davantage d’importance aux paysages et ont développé différentes palettes visuelles selon les personnages et les temporalités du récit.
L’ambition était moins de créer un Moyen Âge strictement documentaire que l’apparence d’un livre gothique prenant vie.
Sophie Turner a aidé le film à réellement exister
Le projet a connu une gestation particulièrement longue.
Natasha Kermani travaillait déjà sur cette idée plusieurs années avant le tournage et explique que le caractère historique du projet inquiétait certains financiers.
L’arrivée de Sophie Turner a changé la situation.
Une fois l’actrice attachée au film, la production est devenue beaucoup plus facile à monter. Kit Harington a ensuite rejoint l’aventure et Marcia Gay Harden a complété le trio principal.
Turner ne s'est d'ailleurs pas contentée de jouer Anne : elle figure aussi parmi les productrices du film.
Pour elle comme pour Harington, les retrouvailles attirent forcément l’attention.
Ils avaient partagé huit saisons de Game of Thrones dans les rôles de Sansa Stark et Jon Snow, deux personnages qui se considèrent comme frère et sœur.
Leur nouvelle relation à l’écran est donc volontairement beaucoup plus perturbante pour les spectateurs qui les associent encore à Westeros.
Les deux acteurs ont eux-mêmes plaisanté sur le malaise provoqué par leurs scènes romantiques. Kermani raconte qu’ils redoutaient particulièrement le moment où ils devraient s’embrasser.
Mais le retour du duo Game of Thrones n’a pas convaincu la critique
Depuis sa sortie américaine, l’enthousiasme s’est nettement refroidi.
Au 15 septembre 2026, The Dreadful affiche 35 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes auprès de 37 critiques.
Le public se montre à peine plus enthousiaste avec 38 % sur plus de 50 évaluations.
La taille des échantillons reste relativement limitée, mais suffisamment importante pour dégager une tendance.
Le consensus de Rotten Tomatoes reconnaît l’ambition atmosphérique du film tout en lui reprochant son rythme et son manque de direction narrative.
RogerEbert.com salue notamment le travail visuel de Julia Swain et l’atmosphère de mort permanente, mais juge que le scénario et certaines performances ne donnent pas suffisamment de poids émotionnel au récit.
The A.V. Club critique davantage encore la transposition d’Onibaba, estimant que le film ne profite pas suffisamment des particularités du folk horror britannique après avoir abandonné le contexte japonais.
L’accueil montre surtout pourquoi le qualifier simplement de film « ultra-gore » serait aujourd’hui trompeur.
La violence est présente — le film est classé R pour violence, images sanglantes et référence sexuelle aux États-Unis — mais son identité repose davantage sur l’atmosphère, les visions surnaturelles et le malaise que sur une succession d’effets gore.
The Dreadful n’est toujours pas réellement sorti en France
Le film a été lancé par Lionsgate le 20 février 2026 aux États-Unis, simultanément en salles limitées et en VOD.
La situation française est différente.
Au 15 septembre 2026, AlloCiné ne référence toujours aucun distributeur français ni aucune date de sortie.
JustWatch indique également qu’aucune offre légale n’est actuellement disponible en France après vérification de ses différents services.
Le titre L’Effroyable apparaît sur certaines bases francophones, notamment au Canada, mais il ne faut pas encore le considérer comme un titre de distribution officiellement confirmé pour la France. Apple Canada l’utilise bien, tandis qu’AlloCiné continue d’afficher The Dreadful.
Le film possède pourtant déjà une piste audio et des sous-titres en français dans certains territoires étrangers. Cela pourrait faciliter une future arrivée en VOD française, mais aucune plateforme n’a encore communiqué de date.
En attendant, Sophie Turner poursuit un autre projet beaucoup plus exposé avec la série Tomb Raider de Prime Video. Dernier Rush a notamment suivi le tournage de Tomb Raider avec Sophie Turner.
The Dreadful reste donc un objet assez particulier : une parabole bouddhiste passée par un classique japonais des années 1960, transformée en folk horror anglais avec deux anciens Stark, puis accueillie très froidement lors de sa sortie américaine. Plus qu’un massacre médiéval ultra-gore, c’est surtout une tentative de faire dialoguer deux traditions du cinéma d’horreur qui n’a pas entièrement convaincu.