Après The Father et The Son, Florian Zeller change de méthode sans abandonner les fractures familiales qui traversent son cinéma. Dans Bunker, Penélope Cruz et Javier Bardem incarnent Sofia et Miguel, un couple marié depuis dix-sept ans dont les certitudes commencent à s’effondrer lorsqu’un milliardaire de la technologie propose à Miguel de construire un refuge de survie à Hawaï.
Présenté en compétition à la Mostra de Venise le 8 septembre 2026 puis au Festival de Toronto, le thriller psychologique est le premier long-métrage de Florian Zeller écrit directement pour le cinéma, et non adapté de l’une de ses pièces.
Le cinéaste l’a surtout conçu dès le départ pour Cruz et Bardem, mariés dans la vie, afin de jouer volontairement avec la frontière entre un couple de fiction et ce que le public projette sur deux acteurs qui partagent leur vie depuis de nombreuses années.
Javier Bardem est Miguel, architecte reconnu installé à Londres
Le synopsis officiel de Pathé reste volontairement simple.
Miguel est un architecte de renom auquel un milliardaire de la tech propose une mission aussi prestigieuse que secrète : concevoir un immense bunker destiné à lui permettre de survivre à un éventuel effondrement du monde.
Le personnage n’est pourtant pas un survivaliste au début du film.
Il mène avec Sofia une vie confortable à Londres, où le couple s’est installé après avoir quitté Madrid. Ils ont deux filles et approchent d’un moment où leurs carrières comme leur mariage semblent relativement stables.
La proposition du milliardaire vient précisément remettre cet équilibre en question.
Le contrat est extrêmement lucratif.
Il permettrait à Miguel de travailler sur un projet architectural hors norme.
Mais il pose aussi une question morale particulièrement simple : faut-il participer à la construction d’un refuge réservé à quelqu’un d’assez riche pour échapper aux catastrophes que le reste du monde devrait subir ?
Sofia estime que non.
Miguel commence à hésiter.
Et c’est cette divergence apparemment professionnelle qui finit par révéler des différences beaucoup plus profondes.
Penélope Cruz joue Sofia, éditrice confrontée à ses propres frustrations
Sofia n’est pas uniquement l’épouse chargée de rappeler à Miguel ses principes.
Le film développe aussi sa propre crise.
Elle travaille dans l’édition et tente notamment d’évoluer professionnellement en candidatant à un poste plus important au sein de sa maison. Sa situation commence pourtant elle aussi à remettre en cause l’image qu’elle avait de sa vie et de ses choix.
C’est ici que Bunker dépasse progressivement la simple question :
« Miguel acceptera-t-il le contrat ? »
Le bunker agit plutôt comme un révélateur.
Après dix-sept années de mariage, Sofia se demande si l’homme avec lequel elle partage sa vie possède encore les mêmes valeurs, les mêmes ambitions et la même vision du monde qu’elle.
Pathé résume directement cette interrogation dans son synopsis français :
après dix-sept ans ensemble, ont-ils encore les mêmes valeurs, les mêmes aspirations et les mêmes rêves ?
Le conflit moral devient donc une crise conjugale.
Paul Dano joue le milliardaire qui veut survivre à la fin du monde
Le rôle de Paul Dano est maintenant beaucoup plus clair qu’au moment de l’annonce initiale du projet.
Il incarne le milliardaire de la technologie qui commande le bunker à Miguel.
Le personnage représente directement l’idée à l’origine du scénario.
Florian Zeller raconte avoir découvert quelques années plus tôt un article consacré à un entrepreneur de la tech faisant construire un bunker de survie à Hawaï.
Le paradoxe l’a immédiatement intéressé.
Un homme avait bâti une immense fortune grâce à des technologies censées connecter les individus, avant de dépenser une partie de cette richesse pour prévoir la possibilité de s’isoler totalement du reste de l’humanité.
Zeller s’est alors demandé ce que ce comportement disait du monde contemporain.
Selon lui, le bunker n’est donc pas seulement un bâtiment spectaculaire.
Il représente une manière de se couper des autres.
Florian Zeller parle de « bunkers invisibles »
Le réalisateur étend cette métaphore à tous ses personnages.
Le milliardaire possède le bunker le plus évident.
Mais Miguel et Sofia ont eux aussi construit une forme de protection autour de leur existence : une belle maison londonienne, une sécurité économique, des certitudes sociales et une manière de considérer leur environnement extérieur.
Lors de la présentation à Venise, Zeller a expliqué que nous vivons tous, à différents niveaux, dans des « bunkers invisibles ».
L’isolement peut donc être physique.
Mais il peut aussi venir de l’argent, d’une classe sociale, d’un foyer extrêmement protégé ou de notre rapport au numérique.
Le film veut relier cette question aux inquiétudes contemporaines concernant :
la crise écologique ;
les inégalités économiques ;
la peur de l’avenir ;
l’individualisme ;
et la concentration d’un pouvoir considérable entre les mains de quelques grandes fortunes technologiques.
Toute cette dimension politique passe cependant par une histoire conjugale plutôt que par un récit catastrophe.
Stephen Graham joue Toby, le voisin qui ouvre une deuxième fracture
Le projet du bunker n’est d’ailleurs pas la seule source de tension.
Stephen Graham incarne Toby, un voisin de Miguel et Sofia.
Le conflit commence lorsqu’il ouvre une fenêtre donnant directement sur leur jardin.
Miguel vit cette intrusion comme une violation de son espace privé.
Toby, lui, reproche notamment au couple aisé de participer à la transformation du quartier et au déplacement progressif de ceux qui y vivaient avant eux.
La situation crée ainsi un deuxième miroir du bunker.
Miguel peut s’indigner du milliardaire qui veut se protéger du monde dans un refuge à Hawaï, tout en supportant difficilement qu’un voisin appartenant à une autre classe sociale obtienne littéralement une ouverture sur sa propre propriété.
C’est précisément ce type de contradiction que Florian Zeller cherche à placer au centre du film.
Patrick Schwarzenegger entre dans la vie de Sofia
Patrick Schwarzenegger n’est pas simplement un autre nom prestigieux ajouté à l’affiche.
Il joue James, un jeune écrivain que Sofia rencontre dans le cadre de son travail.
Cette rencontre arrive au moment où Sofia commence elle-même à remettre en question sa carrière et son mariage.
Il serait cependant inutile d’aller beaucoup plus loin pour une page destinée à présenter le film avant sa sortie française.
Les premières critiques révèlent davantage la fonction du personnage dans l’intrigue, mais son existence suffit déjà à comprendre que Zeller ne construit pas la crise du couple uniquement autour de la décision professionnelle de Miguel.
Sofia traverse sa propre période de doute.
Florian Zeller a écrit le film pour Cruz et Bardem
Le projet est encore plus directement lié à ses deux vedettes.
Florian Zeller affirme que Penélope Cruz et Javier Bardem ont précédé l’histoire elle-même.
Il voulait travailler avec eux et les imaginait ensemble avant même d’avoir terminé la construction du récit.
Le couple est ensuite devenu une partie du dispositif.
Zeller explique avoir voulu jouer avec ce que le public sait déjà d’eux.
Cruz et Bardem sont mariés depuis 2010 et disposent d’une histoire commune bien antérieure.
Ils se sont rencontrés professionnellement très jeunes sur Jamón, Jamón de Bigas Luna en 1992, avant de se retrouver au fil des années dans plusieurs films.
Leur collaboration comprend notamment Vicky Cristina Barcelona, Loving Pablo et Everybody Knows.
Bunker marque leur première apparition commune dans un long-métrage depuis ce dernier, sorti en 2018.
Penélope Cruz reconnaît que jouer avec Javier Bardem reste « effrayant »
Cette mise en abyme possède évidemment une limite importante.
Sofia et Miguel ne représentent pas Penélope Cruz et Javier Bardem.
Les acteurs insistent eux-mêmes sur cette séparation.
Mais Cruz a expliqué lors de la promotion du film à Toronto que travailler avec son mari sur des scènes aussi émotionnellement difficiles pouvait encore être « effrayant », malgré leur immense confiance mutuelle.
Selon elle, connaître extrêmement bien son partenaire peut faciliter certaines scènes, mais cela crée également un instinct protecteur plus fort.
Cruz explique d’ailleurs préférer laisser plusieurs années entre leurs collaborations.
Bardem parle lui aussi de ces occasions comme de moments rares et particuliers plutôt que d’une habitude professionnelle.
Ce contexte permet de comprendre pourquoi Zeller voulait spécifiquement les réunir : le film repose largement sur la sensation qu’une relation très ancienne est mise à l’épreuve.
Bunker est le premier scénario original de Florian Zeller pour le cinéma
C’est aussi un tournant dans la filmographie du réalisateur.
The Father était adapté de sa pièce Le Père.
The Son reprenait Le Fils.
Bunker est au contraire son premier scénario conçu dès l’origine comme un film.
Cette différence lui permet notamment de s’éloigner davantage du dispositif très théâtral qui structurait ses deux précédentes réalisations.
Le film reste centré sur des relations intimes et beaucoup de dialogues, mais utilise également Londres, les différences sociales du quartier, le projet architectural et plusieurs éléments de thriller pour élargir son terrain.
Zeller cite notamment Eyes Wide Shut parmi les références ayant accompagné son envie de filmer un véritable couple dans une fiction conjugale.
Il ne cherche toutefois pas à refaire le film de Stanley Kubrick.
Le parallèle vient surtout de la présence d’un couple réel dans une histoire qui met précisément le couple à l’épreuve.
Une production franco-espagnole tournée en anglais et en espagnol
Bunker est une coproduction entre la France et l’Espagne.
La Biennale crédite notamment Blue Morning Pictures, MOD Producciones, Pathé Films, Mediawan et Entourage Pictures.
Le ministère espagnol de la Culture détaille également France 2 Cinéma parmi les coproducteurs.
Le film dure 126 minutes.
Il est tourné en anglais et en espagnol, même si la fiche française actuelle de Pathé référence principalement l’anglais comme version originale.
Ben Smithard signe la photographie.
Yorgos Lamprinos assure le montage.
Alain Bainée est responsable des décors.
Sonia Grande signe les costumes.
Et Volker Bertelmann, oscarisé pour À l’Ouest, rien de nouveau et également compositeur de Conclave, compose la musique.
Bunker n’a finalement rien remporté à Venise
Lorsque cet article avait été publié le 8 septembre au matin, le film devait encore être présenté officiellement à la Mostra.
Nous connaissons désormais le résultat.
Bunker faisait bien partie des films sélectionnés en compétition officielle pour le Lion d’or.
Il n’a cependant obtenu aucun prix lors du palmarès final.
Le Lion d’or 2026 est revenu à Woman Unknown de May el-Toukhy.
La projection publique de Bunker a malgré tout été accompagnée d’une très longue ovation, rapportée autour de quinze à seize minutes, avec une Penélope Cruz particulièrement émue sur le tapis rouge.
Une ovation de festival ne constitue évidemment pas une mesure de la qualité critique d’un film.
Et dans ce cas précis, la différence est particulièrement visible.
Les critiques sont beaucoup plus divisées que l’accueil de la salle
Les premiers avis publiés après la projection vénitienne ont été nettement moins enthousiastes.
The Guardian reproche au film sa superficialité et considère qu’il ne développe pas suffisamment ses thèmes politiques et conjugaux.
À l’inverse, Time Out lui attribue quatre étoiles sur cinq et salue notamment la performance du couple central ainsi que sa réflexion sur l’évolution d’une relation de longue durée.
TheWrap se situe entre ces deux positions et décrit un film hésitant volontairement entre satire bourgeoise, drame conjugal et thriller psychologique.
Dernier Rush revient séparément sur les premiers avis de Bunker après sa présentation à la Mostra de Venise.
Il est préférable de conserver ce débat critique dans cette page dédiée plutôt que de transformer ici l’article général en critique du film.
Bunker poursuit maintenant sa carrière en festivals
Après Venise, le film a rejoint le Toronto International Film Festival.
Sony Pictures Classics le référence également dans les sélections de Zurich.
Cette tournée intervient avant son exploitation commerciale.
Sony Pictures Classics a acheté les droits pour l’Amérique du Nord ainsi que plusieurs autres territoires et prévoit une sortie américaine qualificative pour la saison des prix fin 2026, avant une exploitation plus large début 2027.
Le distributeur avait déjà travaillé avec Florian Zeller sur The Father et The Son.
Quand Bunker sortira-t-il en France ?
C’est précisément ici qu’il faut mettre à jour l’ancienne version de l’article.
Pathé distribuera bien Bunker dans les salles françaises.
C’est officiellement confirmé.
Mais au 16 septembre 2026, la fiche française de Pathé n’affiche aucune date précise.
Elle indique uniquement :
« Prochainement ».
Je ne présenterais donc plus une sortie française en 2027 comme une date officiellement arrêtée par le distributeur.
Une arrivée en 2027 reste cohérente avec le calendrier international — le film doit notamment connaître sa sortie plus large aux États-Unis au début de l’année — mais Pathé n’a pas encore daté officiellement la France.
C’est désormais l’information à retenir.
Bunker a terminé sa première étape vénitienne, poursuit sa carrière en festivals et possède déjà ses distributeurs.
Il reste maintenant à savoir quand le public français pourra découvrir au cinéma ce couple imaginé par Florian Zeller spécialement pour Penélope Cruz et Javier Bardem — et décider si le bunker que Miguel veut construire protège réellement quoi que ce soit, ou s’il révèle surtout tout ce qui s’était déjà fissuré autour de lui.