En 2007, Seth Rogen découvrait qu’il allait devenir père après une aventure d’un soir dans En cloque, mode d’emploi. Dix-neuf ans plus tard, l’acteur revient avec une comédie qui pose pratiquement la question inverse : et si un couple parfaitement heureux n’était tout simplement pas certain de vouloir des enfants ?
C’est le point de départ de Babies, nouveau film écrit et réalisé par Lauren Miller Rogen, avec Anna Kendrick et Seth Rogen dans les rôles principaux.
Le film sera présenté en première mondiale ce 12 septembre au Festival international du film de Toronto, et Vanity Fair vient d’en dévoiler les premières images ainsi que de nombreux détails sur une histoire beaucoup plus personnelle qu’elle n’en a l’air.
Car derrière Annie et Aaron, le couple joué par Kendrick et Rogen, se trouvent directement plusieurs expériences vécues par Lauren Miller Rogen et Seth Rogen dans leur propre vie.
Cette fois, Seth Rogen ne devient pas père par accident
La comparaison avec En cloque, mode d’emploi paraît presque inévitable.
Dans le film de Judd Apatow sorti en 2007, Seth Rogen incarnait Ben Stone, un homme immature qui apprenait qu’une aventure d’un soir avec le personnage de Katherine Heigl avait provoqué une grossesse.
Toute l’histoire reposait donc sur une parentalité qui arrivait avant même que les deux personnages aient véritablement décidé de former un couple.
Babies fait exactement l’inverse.
Aaron et Annie sont mariés, amoureux et heureux ensemble. Leur relation n’est pas en crise et personne ne tombe accidentellement enceinte.
Le problème est beaucoup plus simple et probablement beaucoup plus contemporain : ils ne savent pas s’ils veulent réellement avoir un enfant.
Lauren Miller Rogen explique d’ailleurs que cette question l’accompagne depuis des années.
Elle et Seth Rogen sont ensemble depuis 21 ans, et la réalisatrice raconte avoir constamment entendu la même interrogation au fil du temps : quand allez-vous avoir des enfants ?
Plutôt que d’utiliser une grossesse comme moteur comique, elle a voulu raconter ce qui se passe lorsqu’un couple doit consciemment décider à quoi ressemblera sa famille.
Anna Kendrick et Seth Rogen deviennent parents… sans avoir d’enfant
Leur réflexion devient beaucoup plus concrète lorsqu’une amie proche entre soudainement dans leur quotidien.
Eliza, interprétée par Kate Berlant, vient de se séparer de son mari et emménage chez Annie et Aaron avec sa fille de trois ans.
Le couple se retrouve alors dans une situation assez étrange.
Ils ne sont toujours pas parents, mais doivent soudainement partager leur maison avec une enfant au quotidien.
Repas, sommeil, crises, organisation, responsabilités : Annie et Aaron obtiennent en quelque sorte une version grandeur nature de la parentalité avant même d’avoir décidé s’ils souhaitent réellement la vivre.
Et cette partie du scénario n’a pratiquement pas été inventée.
Des amis de Seth Rogen ont réellement vécu chez lui avec leur enfant
Environ onze ans avant la réalisation du film, un couple d’amis de Lauren Miller Rogen et Seth Rogen traversait une période compliquée.
L’une de leurs amies est alors venue vivre chez eux pendant près d’un an, accompagnée de sa petite fille.
Seth Rogen explique que cette expérience les a placés dans une position complètement nouvelle.
Ils n’étaient pas parents, mais la présence permanente d’un enfant dans leur maison les rapprochait davantage de cette réalité qu’ils ne l’avaient jamais été auparavant.
L’expérience est restée suffisamment longtemps dans l’esprit de Lauren Miller Rogen pour devenir l’un des principaux points de départ de Babies.
Elle commence à conserver ses idées dans une note sur son téléphone en 2021, avant de véritablement écrire le scénario entre janvier et avril 2025.
Et son mari était évidemment là depuis le début.
Seth Rogen lisait les différentes versions du scénario et donnait son avis, tandis que Lauren avait elle-même l’habitude de commenter son travail.
Le personnage d’Aaron est donc inspiré en partie de lui, même si le couple insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une reproduction exacte de leur propre vie.
Anna Kendrick a été choisie pour jouer la version fictive de Lauren Miller Rogen
Lauren Miller Rogen aurait pu reprendre elle-même une version fictionnelle de son histoire.
Elle avait d’ailleurs déjà joué un personnage en partie inspiré d’elle-même dans For a Good Time, Call…, film qu’elle avait également coécrit.
Mais elle ne souhaitait plus vraiment revenir devant la caméra.
Elle révèle avoir au contraire écrit le personnage d’Annie directement en pensant à Anna Kendrick.
Kendrick incarne ainsi une femme qui aime sincèrement son mari mais commence à ressentir de plus en plus fortement la pression du temps et de son entourage.
Le film ne semble pourtant pas vouloir présenter l’absence d’enfant comme un problème à résoudre.
L’objectif est plutôt d’explorer l’incertitude elle-même.
Peut-on être parfaitement heureux dans son couple sans savoir si l’on souhaite devenir parent ? Et comment prendre une décision aussi définitive lorsque les deux possibilités peuvent sembler valables ?
C’est cette zone beaucoup moins souvent représentée dans les comédies romantiques que Lauren Miller Rogen cherche à explorer.
Le film refuse volontairement de créer une crise artificielle dans le couple
Autre particularité intéressante : Annie et Aaron s’entendent bien.
Il n’est pas question d’une infidélité soudaine ou d’un énorme conflit destiné à remettre leur mariage en cause.
La tension vient principalement de leur réflexion sur l’avenir.
Selon Vanity Fair, Lauren Miller Rogen tenait justement à représenter un couple stable dont le problème n’est pas son amour, mais une grande décision de vie qu’il doit prendre ensemble.
C’est une nuance importante.
Dans beaucoup de comédies autour du mariage, l’intrigue repose sur la nécessité de sauver un couple qui ne fonctionne plus.
Babies semble vouloir raconter autre chose : comment une relation solide réagit lorsqu’elle arrive à un carrefour où aucune réponse ne paraît complètement évidente.
Et le scénario ne se contente pas de montrer Annie et Aaron observer une enfant pendant quelques semaines.
Le reste de leur entourage va également leur renvoyer différentes manières de vivre la parentalité.
Issa Rae joue une mère qui travaille avec Anna Kendrick
Issa Rae incarne notamment l’une des amies d’Annie, elle-même mère.
Les deux femmes tentent parallèlement de lancer l’entreprise dont elles rêvent, ce qui permet au film de confronter les ambitions professionnelles à toutes les autres décisions qui commencent à occuper l’esprit d’Annie.
Le casting est particulièrement fourni.
Autour de Kendrick, Rogen, Rae et Kate Berlant, on retrouvera également Dan Stevens, Zach Cherry, Ed Helms, Ashley Park, Sharon Stone et David Strathairn.
David Strathairn tient notamment un rôle particulièrement personnel dans l’histoire.
Il incarne le père d’Annie, confronté à la maladie d’Alzheimer de sa femme.
Et là encore, cette intrigue vient directement de la vie de la réalisatrice.
La maladie d’Alzheimer de sa mère nourrit également le film
La mère de Lauren Miller Rogen avait seulement 55 ans lorsqu’elle a été diagnostiquée avec la maladie d’Alzheimer.
Elle est décédée en 2020, à 68 ans.
Lauren et Seth Rogen avaient d’ailleurs créé dès 2012 l’association Hilarity for Charity, destinée notamment à soutenir la recherche et les familles confrontées à la maladie.
Dans Babies, cette expérience nourrit directement l’histoire d’Annie.
Alors qu’elle réfléchit à la possibilité de créer sa propre famille, sa mère perd progressivement son autonomie et son père tente de faire face à cette nouvelle réalité.
Le film relie donc plusieurs formes de responsabilité : prendre soin d’un enfant, prendre soin de ses parents, construire son couple et essayer malgré tout de conserver sa propre identité.
Ce qui explique probablement pourquoi Lauren Miller Rogen décrit le projet comme aussi personnel.
Le deuxième film réalisé par Lauren Miller Rogen
Babies est le deuxième long-métrage réalisé par Lauren Miller Rogen.
Elle avait signé en 2018 Like Father, comédie dramatique avec Kristen Bell et Kelsey Grammer.
Huit ans plus tard, elle revient donc derrière la caméra avec une histoire nettement plus liée à sa propre vie.
Le film dure 1 h 36 et est présenté par le TIFF comme une comédie à la fois drôle et émotionnelle consacrée à une question simple : devenir parent ou ne pas devenir parent ?
Et le festival lui offre une vitrine particulièrement importante.
Babies est présenté aujourd’hui en première mondiale à Toronto
La première mondiale aura lieu ce samedi 12 septembre à 17 h 30 au Roy Thomson Hall de Toronto, dans la section Gala Presentations.
Cela correspond à 23 h 30 en France métropolitaine.
Les premières véritables critiques devraient donc commencer à circuler dans la nuit de samedi à dimanche en France.
Deux autres projections sont prévues pendant le festival : le 13 septembre puis le 18 septembre.
Le film possède déjà un distributeur pour les États-Unis.
Roadside Attractions et Vertical ont acquis ses droits américains avant même sa présentation à Toronto et prévoient une sortie en salles en 2027, sans date précise pour le moment.
En revanche, aucune date de sortie française n’est actuellement annoncée.
Dix-neuf ans après En cloque, mode d’emploi, la question a complètement changé
C’est finalement ce qui rend la présence de Seth Rogen assez amusante.
En 2007, l’acteur devenait l’un des visages d’une comédie construite autour d’une grossesse totalement imprévue.
En 2026, Babies lui fait incarner un homme arrivé à l’autre extrême : un mari heureux qui possède toutes les conditions permettant théoriquement d’avoir un enfant, mais qui doit encore déterminer s’il le souhaite réellement.
Dix-neuf ans séparent les deux films.
Et entre les deux, la question est passée de « comment devenir parent lorsque rien n’était prévu ? » à « faut-il forcément devenir parent simplement parce que tout semble réuni pour le faire ? »
Une interrogation beaucoup plus intime pour Seth Rogen et Lauren Miller Rogen.
Et à partir de ce soir à Toronto, on saura si cette expérience personnelle réussit également à toucher le public.